Deux milliards de terriens ont été infectés par le virus de
l'hépatite B. On estime que 350 millions d'entre eux sont des
porteurs chroniques du virus et que 65 millions décéderont de
cirrhoses et/ou de cancer du foie liés à cette infection.
Depuis 1982, on peut prévenir l'hépatite B par un vaccin efficace
dont plus d'un milliard de doses ont été injectées
Entre 1995 et 1997, en France, quelques cas anecdotiques de
sclérose en plaques (SEP) succédant à une vaccination hépatite B
(alors que près de 24 millions de doses avaient été distribuées)
ont été rapportés. Malgré l'absence de toute étude épidémiologique
démontrant une relation entre les deux événements, en France la
vaccination des collégiens a été suspendue, et les campagnes de
vaccination ont été ralenties dans de nombreux pays
développés.
Les termes de l'équation étaient donc simples : un risque supposé,
mais non confirmé, de quelques cas de SEP conduisait à discréditer
un vaccin susceptible d'éviter 65 millions de morts dans les vingt
prochaines années !
L'étude de A.Ascheririo et coll. qui tord le cou à cette rumeur,
permettra peut-être, de clore le débat et de relancer la
vaccination.
L'équipe d'Ascherio d'Harvard a eu l'idée, pour s'attaquer au
problème de se servir des données des Nurses' Health Study I et II
qui regroupaient respectivement 121 000 infirmières suivies depuis
1976 et 116 671 infirmières suivies à partir de 1989. Les 192 cas
de SEP survenus durant la durée de l'étude dans cette cohorte
impressionnante ont été répertoriés. Pour chaque cas, 6 contrôles
ont été sélectionnés parmi les infirmières (5 sujets sains et une
femme souffrant d'un cancer du sein) et des informations sur la
vaccination hépatite B ont été obtenues pour tous les cas et tous
les contrôles.
Le risque relatif (RR) de SEP après vaccination quelle qu'en soit
la date était de 0,9 (intervalle de confiance à 95 % : 0,5 à 1,6).
Si l'on ne tenait compte que des vaccinations pratiquées moins de
deux ans avant le début de la maladie le RR était de 0,7 (IC 95% :
0,3 à 1,8). Des résultats négatifs similaires ont été enregistrés
en ne tenant compte que des vaccins recombinants ou en prenant en
considérations le nombre de doses de vaccin reçues.
Ces résultats corroborent ceux de C. Confavreux et coll. qui ne
retrouvent pas d'association entre rechutes de SEP et vaccinations
et devrait normalement clore le débat.
Il reste cependant à accomplir un travail bien plus délicat que la
conduite d'une étude rétrospective sur près de 240 000 femmes :
communiquer de façon intelligente et efficace sur ces publications
pour parvenir à effacer la rumeur de l'esprit de nos concitoyens,
des praticiens et des autorités de tutelle.
AR
Ascherio A et coll. Hepatitis B vaccination and the risk of multiple sclerosis.N Engl J Med. 2001 344: 327-32.
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