Certaines études considèrent comme un bienfait la consommation de vin rouge dès lors qu'elle reste très modérée. Les preuves, plus ou moins discutables, ne manquent pas. Ainsi, à titre d'exemple, l'ingestion aiguë de ce breuvage améliorerait la vasodilatation endothélium-dépendante. Cet effet, qui n'est pas constamment retrouvé, existerait avec le jus de raisin ou le vin sans alcool. Ces résultats vont à l'appui de l'hypothèse qui fait jouer un rôle crucial aux polyphénols dans d'autres phénomènes comme le «French paradox ». Ces substances anti-oxydantes seraient le pourvoyeur des bienfaits des boissons avinées qui ont, en contrepartie, une fâcheuse tendance à augmenter la pression artérielle des sujets normotendus et hypertendus. La situation se complique encore avec les résultats de certaines études transversales selon lesquelles le type de boisson alcoolisée influerait sur la réponse tensionnelle, le vin rouge étant, à cet égard, moins nocif que la bière et les spiritueux. D'autres facteurs de confusion tels les habitudes alimentaires ou les modalités de l'absorption de l'alcool - épisodique ou régulière, notamment- s'ajoutent aux précédents, la qualité méthodologique médiocre des études publiées sur le sujet étant la règle.
Une étude contrôlée, plus sérieuse que les autres, de type croisé, a comparé les effets du vin rouge et de la bière sur la pression artérielle et la fonction vasculaire chez des sujets normotendus. L'essai se décompose en quatre phases successives d'une durée de 4 semaines chacune, chaque sujet étant son propre témoin : abstinence totale (1) consommation quotidienne de 375 ml de vin rouge (39 g d'alcool) (2), de vin sans alcool (3) ou 1125 ml de bière (41 g d'alcool) (4). La PA systolique et diastolique ambulatoire a été systématiquement mesurée au cours de ces quatre périodes, de même que la vasodilatation humérale induite par l'élévation du débit sanguin régional ou la prise de trinitrine.
La PAS, la PAD et la fréquence cardiaque se sont révélées identiques lors de la période d'abstinence et lors de la prise de vin sans alcool. En revanche, la consommation de boissons alcoolisées, vin ou bière, s'est accompagnée d'une augmentation significative de la PA systolique pendant l'éveil (respectivement 2,9 et 1,9 mm Hg, p<0,05) et de la fréquence cardiaque pendant le sommeil (5,0 et 4,4 bpm, p<0,05). La vasodilatation humérale, quel que soit le stimulus, n'a pas varié lors de l'exposition aux divers breuvages, alcoolisés ou non.
Cette étude montre que le vin et la bière ont les mêmes effets tensionnels néfastes chez le sujet normotendu. Du coup, les polyphénols ne seraient pas impliqués dans les interactions entre le vin et le système cardiovasculaire, une idée que d'autres études avaient déjà abordée.
Dr Philippe Tellier
Zilkens RR et coll. : "Red wine and beer elevate blood pressure in normotensive men." Hypertension 2005; 45: 874-879. © Copyright 2005 http://www.jim.fr
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