Sydney, le mardi 9 août 2005 - Il est peu probable que les cancérologues dont les classes remontent à plus d'une trentaine d'années puissent fredonner ne serait-ce qu'un refrain de la pop star australienne, Kylie Minogue. Pourtant, ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à connaître le nom et la jolie frimousse de la chanteuse. Depuis le 17 mai dernier, Kylie Minogue a en effet choisi de mettre sa célébrité au service de la lutte contre le cancer. Atteinte d'un cancer du sein qui l'a contrainte à annuler sa tournée australienne, la chanteuse a préféré révéler sa maladie à son public plutôt que de la cacher et a annoncé dans la foulée la création du Fonds Kylie Minogue pour la recherche sur le cancer du sein. Cette stratégie de communication ne permit pas seulement de nourrir l'empathie des fans pour leur idole mais contribua également à sensibiliser de nombreuses Australiennes quant à la nécessité de se soumettre au dépistage du cancer du sein.
Consciente que toutes informations concernant la santé peuvent avoir une influence sur le comportement des populations, l'équipe de Simon Chapman, de l'école de santé publique de Sydney a voulu déterminer si le message de Kylie avait eu, ou non, un véritable impact. L'annonce du cancer du sein de la star a été relayée dans le monde entier et plus particulièrement en Australie, son pays d'origine. La révélation de Kylie a en effet été à l'origine de la diffusion de très nombreux reportages sur le cancer du sein et la nécessité du dépistage. Ainsi, l'équipe de Simon Chapman note qu'avant l'annonce de Kylie, du 3 au 16 mai, les « reportages » autour du cancer du sein ont occupé environ 13 minutes de temps d'antenne, quand du 17 au 23 mai, ils ont représenté 147 minutes de temps d'antenne. Pour déterminer l'impact du message de la pop star, l'équipe de Chapman a étudié le nombre de rendez-vous pris par les femmes de plus de quarante ans dans quatre hôpitaux publics dans le cadre du programme général de dépistage du cancer du sein (BreastScreen). Il a notamment comparé le nombre de rendez-vous demandés entre le 16 et le 26 mai avec le nombre de rendez-vous enregistrés entre le 1er janvier et le 13 mai. Durant les deux semaines qui ont suivi l'annonce de Kylie Minogue, le nombre de rendez-vous a augmenté en moyenne de 40 %, tandis qu'il augmentait de 100,7 % chez les femmes n'ayant jamais passé de mammographie. Les auteurs de l'étude notent par ailleurs que concernant ces femmes dépistées pour la première fois, le nombre de demandes de rendez-vous restait supérieur à la moyenne (+39,3 %) même durant les six semaines suivantes (27 mai - 9 juillet).
Pour, Simon Chapman, l'augmentation du nombre de dépistage du cancer du sein après l'annonce de la maladie de Kylie Minogue a été « sans précédent ». Les auteurs notent cependant que certains éléments dans le parcours particulier de la chanteuse ont pu favoriser cette tendance. Outre la très forte médiatisation du cas Minogue, le jeune âge de la star (36 ans) et le fait que son pronostic soit bon en raison de son dépistage précoce ont pu pousser un plus grand nombre de femmes à se faire dépister, reconnaissant dans l'histoire de Kylie que cette maladie « peut toucher tout le monde » et qu'elle peut également être soignée.
Si les célébrités ne devraient pas être contraintes d'évoquer leurs problèmes de santé en public si elles ne le souhaitent pas, il n'en reste pas moins que cette étude démontre qu'elles n'y perdent aucun glamour ! Quelques études aux Etats-Unis avaient déjà tenté de démontrer l'impact significatif des messages de santé diffusés par les vedettes. Une enquête pourrait être réalisée en France pour déterminer si le geste de Richard Berry, qui a choisi de donner un rein à sa soeur malade, a sensibilité les Français quant à la nécessité du don d'organe. © Copyright 2005 http://www.jim.fr
L.C.
Copyright © http://www.jim.fr