Vers un vaccin contre l’hépatite E

L’hépatite E (HE) n’a été identifiée comme une entité clinique distincte qu’au début des années 80. Cette infection par un virus à ARN qui se transmet essentiellement par voie oro-fécale est responsable d’un grand nombre d’hépatites sporadiques ou épidémiques touchant des adultes jeunes, principalement en Asie. Si l’affection est habituellement autolimitée et dure de une à 4 semaines dans de rares cas elle peut évoluer vers une hépatite fulminante, tout particulièrement lors du 3ème trimestre de la grossesse. La mortalité associée à l’hépatite E est très variable selon les publications (en raison de l’inclusion d’un nombre plus ou moins élevé de formes inapparentes), allant de 0,1 % à 4 % dans la population générale et jusqu’à 25 % chez les femmes enceintes.

L’hépatite E atteignant des régions où les Etats-Unis  interviennent (ou pourraient être appelés à intervenir), le centre de recherche Walter Reed de l’armée américaine a entrepris, en collaboration avec les laboratoires GSK, de mettre au point un vaccin contre ce virus. Le candidat vaccin, rHEV, est une protéine recombinante qui vient d’être l’objet d’une étude de phase II sur des militaires népalais.

Deux mille membres des forces armées népalaises (presque exclusivement des hommes âgés en moyenne de 25 ans) séronégatifs pour le VHE ont été randomisés entre un groupe destiné à recevoir 3 injections intramusculaires de 20 microgrammes de rHEV à J 0, J 30 et J 180 et un groupe placebo. Le critère principal de jugement était l’apparition, au moins 14 jours après la 3ème injection d’un tableau clinique d’hépatite E (ictère ou affection associant au moins 3 des signes suivants : asthénie, anorexie, gène abdominale, douleurs de l’hypochondre droit, nausées ou vomissement). Lorsqu’un tel syndrome était dépisté grâce à une surveillance systématique bimensuelle ou lors d’une consultation à l’hôpital militaire, le diagnostic d’HE devait être confirmé biologiquement (mise en évidence d’ARN viral dans les selles ou le sérum, sérologie en IgM et en IgG). 

Pour diverses raisons, un grand nombre de sujets n’ont pas été vaccinés complètement ou ont été perdus de vue et l’analyse finale a porté sur 1 794 individus suivis pendant une durée médiane de 804 jours.

Après 3 doses de vaccin ou de placebo, 69 cas d’HE symptomatiques ont été diagnostiqués dont 3 dans le groupe rHEV et 66 dans le groupe placebo (efficacité vaccinale 95,5 % avec un intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 85,6 et 98,6 %). Après deux doses de vaccin l’efficacité n’était que de 85,7 %. Sur le plan sérologique tous les sujets ayant reçu 3 doses de vaccin ont présenté une séroconversion mais seuls 56 % d’entre eux avaient conservé des taux élevés d’anticorps anti-HE à la fin de la période de surveillance.

La tolérance du vaccin a été jugée très satisfaisante puisqu’en dehors de douleurs aux points d’injection aucun effet secondaire n’a été rapporté à la vaccination.

Si les résultats de cette première étude d’envergure sont prometteurs, il reste cependant bien des points à préciser par de nouveaux essais avant d’envisager une large diffusion de ce vaccin :
Quel est le pouvoir protecteur du rHEV sur les infections inapparentes et donc quel pourrait être son impact sur le contrôle de la circulation du virus ?
Quelle est la durée de l’immunité conférée ?
Quelle sera sa tolérance sur de larges populations et notamment chez les femmes (enceintes ou non) ?
Le prix de ce vaccin sera-t-il compatible avec une large utilisation dans les régions ou il pourrait être utile ou conduira-t-il à le réserver aux voyageurs…ou aux corps expéditionnaires.

Dr Céline Dupin

Référence
Shrestha M et coll. : « Safety and efficacy of a recombinant hepatitis E vaccine. » N Engl J Med., 2007; 356: 895-903.

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