Étayer un diagnostic par l’objectivation de marqueurs
biologiques constitue un grand espoir de la psychiatrie.
Tendance profonde, reflétée par les publications actuelles. The
American Journal of Psychiatry ne déroge pas à la règle, en
évoquant l’apport éventuel d’examens complémentaires dans la
dépression sévère. Identifier des critères para-cliniques dans les
états dépressifs pourrait contribuer à éclairer leur
physiopathologie, dépister le risque dépressif, et baliser de
nouvelles pistes thérapeutiques.
Les auteurs citent trois études convergentes :
– Niveau du cortisol salivaire au réveil : reflet global du
fonctionnement hypothalamo-antéhypophysaire, ce taux augmente chez
les sujets de famille dépressive ;
– Imagerie par résonance magnétique nucléaire dans la
reconnaissance d’une mimique de joie, moins efficace et plus
lente chez les personnes déprimées : on observe que le
traitement normalise les performances à ce test, parallèlement à
l’amélioration de la symptomatologie dépressive, appréciée par
l’échelle d’évaluation d’Hamilton ;
– Estimation (à l’électroencéphalographie) des moyens disponibles
pour détecter une erreur : les sujets déprimés reconnaissent
mieux leurs fautes, car ils mobilisent plus de ressources
cérébrales. Exacerbée dans la mélancolie, cette faculté
d’autocritique peut se muer toutefois en un dangereux boomerang,
source de risque suicidaire par la vision péjorative de
l’existence : l’auto-dépréciation pathologique.
Malgré des difficultés méthodologiques grevant l’interprétation
de ces trois études (nature hétérogène de la dépression,
présence possible d’une autre affection et quasi-systématique d’un
traitement antidépresseur...), elles partagent une philosophie
commune : « illustrer qu’une caractéristique perçue par
le patient comme un échec personnel, le terrain dépressif,
s’enracine profondément dans la neurobiologie ». Les
adversaires du « tout biologique » se consoleront avec ce
paradoxe de Jacques Faizant, où la dépression représente… un
dérivatif fugace : « La déprime, ça distrait un
moment et puis on s’en lasse ! »
Dr Alain Cohen
Oquendo M et coll.: “What have we learned about the neurobiology of major depression ?” Am J Psychiatry 2007 ; 164 : 540-542.
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"Recherche marqueurs de la dépression…désespérément !"
Le 20 avril 2007
Une "Recherche <de> marqueurs de !la! dépression" est dépourvue de sens dans la mesure où "dépression" est un des nombreux mots, comme "écologie", "social", "culture" (cf. T.S. Elliot "Notes towards the definition of culture") et tant d'autres que nous entendons ces temps-ci, qui ont perdu leur sens. Les causes en sont multiples, mais pour "depression" (volontairement sans accent aigu), le DSM et l'épistémologie positiviste qui le sous-tend est la principale.
Jean-François Foncin
j.f.foncin@wanadoo.fr
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