La coexistence d’un diabète et d’une dépression a des
répercussions cliniques importantes ainsi que des implications
thérapeutiques qui ont conduit à l’étude de cette association.
Cependant les problèmes méthodologiques liés à la mesure de la
dépression ont sans doute été sous-estimés. Le gold-standard pour
l’ évaluation de la dépression consiste en des entretiens
structurés et standardisés tel le CIDI (Composite International
Diagnostic Interview) qui permettent un diagnostic de dépression
majeure conforme au critères du DSM IV. Il s’agit d’une mesure
longue à réaliser et coûteuse, c’est pourquoi dans un souci de
simplification des questionnaires auto-administrés ont été
développés comme le CESD (Center for Epidemiological Studies
Depression Scale).
L’objectif de cette étude était de comparer deux mesures de la
dépression, d’analyser leur impact clinique et leur lien avec
l’angoisse face au diabète, mesurée selon une échelle validée. Pour
cela, 506 patients ayant un diabète de type 2 connu depuis 8 ans en
moyenne, sans complications sévères et âgés de 58 ans en moyenne
ont été recrutés dans des centres de santé. Un entretien
standardisé, le CIDI, et un auto-questionnaire, le CESD, ont
été effectués par chaque patient.
Alors qu’un diagnostic de syndrome dépressif majeur était
retrouvé chez 9,9 % des patients par le CIDI, 22 % atteignaient au
CESD un score témoignant d’une symptomatologie dépressive et
impliquant une dépression probable. La concordance entre les deux
mesures était faible : pour 70 % des patients ayant une forte
probabilité de dépression à l’auto-questionnaire, le diagnostic
n’était pas confirmé par l’entretien et 34 % des patients ayant un
syndrome dépressif majeur n’étaient pas dépistés par
l’auto-questionnaire. De façon surprenante l’existence d’un
syndrome dépressif majeur n’était pas associée à une élévation du
taux d’HbA1c ni à un moindre suivi diététique ou à une diminution
de l’exercice physique contrairement aux résultats de
l’auto-questionnaire. La dépression et l’angoisse face au diabète
étaient faiblement liées. Par contre les résultats de
l’auto-questionnaire CESD étaient significativement corrélés à
l’angoisse face au diabète. Ces deux questionnaires mesurant pour
l’un, les symptômes dépressifs et pour l’autre, l’angoisse face à
la maladie évaluaient donc une dimension différente de celle de la
dépression ayant un impact important sur les comportements de soins
et l’équilibre glycémique.
De nombreux patients diabétiques ont un niveau élevé de
symptômes dépressifs sans qu’on puisse porter le diagnostic de
dépression. Il s’agit alors du reflet d’un mal-être émotionnel et
d’une angoisse face au diabète sans syndrome dépressif majeur. La
prise en charge de ces malades doit tenir compte de cette
distinction importante.
Dr Laurence Du Pasquier
Fisher L et coll : “Clinical depression versus distress among patients with type 2 diabetes : not just a question of semantics.” Diabetes Care 2007 ; 30:542-548,2007.
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |