Précisions sur les facteurs de mauvais pronostic pour les patients atteints de cancer du poumon admis en réanimation

Le pronostic des cancers du poumon, bien que sombre, s’améliore, et des nouvelles techniques de réanimation peuvent désormais être mises à la disposition des patients en situation de détresse physique aiguë. Cette réanimation semble à priori peu profitable en terme de survie pour ceux dont la maladie est évolutive,  et M Soares et coll. ont réalisé cette étude afin de mieux définir les facteurs de risque associés à la mortalité hospitalière dans cette population.

Cette étude a porté sur 143 patients admis en unités de soins intensifs (USI) entre 2000 et 2006 dans 2 centres spécialisés en cancérologie à Paris et Rio de Janeiro. Leur âge moyen était de 61,6 +/- 10 ans et leur SAPS II (simplified acute physiology score) moyen de 47,4+/- 21. Dans 59 % des cas, il s’agissait de cancers étendus stade IIIb ou IV, avec obstruction des voies aériennes dans 25 % des observations. Pour 38 % des sujets, la tumeur avait été diagnostiquée récemment et était évolutive, 23 % des malades présentaient une évolution sous traitement, 9 % avaient une perte de poids récente. Pour 2/3 des patients, les comorbidités (cardiopahies, diabète, emphysème…) associées étaient cotées « moyennes à sévères ».

Un peu plus de la moitié (53 %) des sujets avaient été admis pour une pneumopathie communautaire, 24 % pour une pneumopathie nosocomiale, 4,5 % pour une infection abdominale et 3,3 % une infection urinaire. Il existait une défaillance respiratoire aiguë dans 71 % des cas, rénale dans 24 %, cardiocirculatoire dans 57 %, neurologique et hématologique dans 16 % des cas. Une ventilation mécanique a dû être mise en place chez 70 % des patients et des drogues vasopressives (DVP) ont été administrées dans 57 % des observations.  Enfin, une dialyse a été nécessaire pour 8 % des sujets.

Cette prise en charge intensive a abouti à une mortalité de 42 % en USI, et de 59 % en cours d’hospitalisation. La  réanimation (situation d’échec thérapeutique) a été abandonnée dans 29 % des cas. La durée moyenne de séjour en USI a été de 6 jours.

L’étude statistique montrent que le SAPS II et le LOD score (logistic organ dysfonction score) établis à l’entrée gardent une bonne valeur prédictive du pronostic dans cette population, l’analyse univariée des 143 patients montrant que l’extension du cancer, sa progression sous traitement, le Performans Status, l’obstruction des voies aériennes, les comorbidités, le recours à la VM et aux DVP, la défaillance multiviscérale sont de mauvais pronostic. Le type histologique du cancer n’influence pas la mortalité. L’analyse multivariée met en évidence l’importance de l’obstruction des voies aériennes (OR=4,6), de la progression du cancer sous traitement (OR=3,20), et des comorbidités associées (OR=3,11) ainsi que du développement d’une défaillance multiviscérale (OR=1,96) dans le pronostic. Dans la population ventilée mécaniquement, les facteurs pronostiques retenus par l’analyse multivariée étaient l’obstruction des voies aériennes (OR=3,55), la progression du cancer sous traitement (OR=8,8) et les défaillances multivicérales.

Au total, la réanimation doit pouvoir profiter à certains patients cancéreux sélectionnés. Cette petite étude précise et rigoureuse essaye d’identifier chez des patients complexes, les facteurs influençant négativement le pronostic. On a ainsi pu individualiser : la progression du cancer sous traitement, les comorbidités associées, l’obstruction des voies aériennes et la survenue d’une défaillance multiviscérale.

Dr Isabelle Herry

Référence
Soares M et coll. : “Prognosis of lung cancer patients with life-threatening complications.” Chest 2007 ; 131 : 840-846 ;

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