Le cannabis est l’une des substances illicites les plus
couramment consommées dans la plupart des pays du monde. Environ 20
% des sujets jeunes avouent y recourir au moins une fois par
semaine et c’est pendant l’adolescence que les pics de consommation
sont atteints, à un moment où le cerveau s’avère particulièrement
vulnérable aux toxiques environnementaux les plus divers. Selon
l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt),
12,4 millions de français de 12 à 75 ans ont affirmé en 2005 avoir
fumé un joint au moins une fois dans leur vie et 1,2 million sont
des usagers réguliers.
Les données expérimentales et les enquêtes épidémiologiques
suggèrent que l’exposition régulière au cannabis peut entraîner des
troubles affectifs et psychotiques, certes légers et en règle
transitoires, mais réels. Ces effets aigus doivent être dissociés
des désordres chroniques potentiellement associés à cette
toxicomanie. Des questions subsistent quant aux liens éventuels
entre cette dernière et des pathologies psychiatriques structurées,
telles la dépression, la schizophrénie ou d’autres entités. La
réponse ne peut provenir que d’études longitudinales menées à long
terme et non d’autres approches plus ponctuelles, notamment des
essais randomisés où le cannabis a été utilisé à des fins
thérapeutiques.
Une revue systématique des articules publiés sur le sujet dans
la littérature internationale a permis d’analyser 35 études de ce
type, isolées à partir de 4 804 références. L’extraction des
données et l’évaluation de leur qualité ont été faites en double
par des opérateurs indépendants.
Les résultats ne sont pas rassurants, même s’ils doivent être
interprétés avec toute la prudence qui est de mise dans ce type
d’analyse. La consommation régulière de cannabis serait associée à
une augmentation du risque de troubles psychotiques quels qu’ils
soient, avec un odds ratio (OR) ajusté de 1,41 (intervalle de
confiance à 95 % [IC95] de 1,20 à 1,65).
Qui plus est, il semble exister une relation de type dose-effet
entre la prise de cannabis et le risque précédent, l’OR ajusté
atteignant 2,09 (IC95 de 1,54 à 2,84) chez les plus gros
consommateurs de cette drogue. Ces résultats restent valables, si
l’analyse se focalise sur les troubles psychotiques entrant dans
des psychopathologies structurées. Les relations sont nettement
moins évidentes quand il s’agit de dépression, d’idées suicidaires
ou de troubles anxieux.
De cette revue systématique des données disponibles, il ressort
que l’exposition régulière au cannabis augmente significativement
le risque de troubles psychotiques à long terme, indépendamment des
facteurs de confusion et des effets transitoires de la toxicomanie.
Ces résultats émanent d’études longitudinales qui sont la référence
dans le domaine de l’évaluation épidémiologique et il est difficile
de les dénigrer, malgré les limites des revues systématiques. Il
est d’ailleurs peu probable que d’autres études seront désormais
entreprises sur ce sujet.
Force est d’admettre, avec les auteurs, qu’il existe
actuellement assez d’arguments pour dissuader les sujets
jeunes, notamment les adolescents, de s’adonner à une
toxicomanie qui ne saurait être considérée comme légère. Rien ne
permet d’aller dans ce sens, même s’il est évident que le danger
concerne en priorité des sujets prédisposés qu’il est difficile de
distinguer des autres au moment de l’adolescence, période la plus
critique qui soit.
Dr Giovani Alzato
Moore THM et coll. : Cannabis use and risk of psychotic or affective mental health outcomes : a systematic review. Lancet 2007 ; 370 : 319-328.
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