Des seins denses augmentent-ils le risque de cancer canalaire in situ ?

L’incidence du carcinome canalaire in situ du sein a considérablement augmenté avec la diffusion du dépistage mammographique. Les femmes atteintes de ce carcinome ayant un risque significativement accru de second cancer du sein, nombre d’études s’attachent à la recherche de biomarqueurs, de caractéristiques tumorales, et de facteurs de risque. Certaines ont observé une correspondance entre facteurs de risque de cancer in situ et de cancer invasif du sein, mais peu d’études ont porté leur attention sur la relation entre cancer canalaire in situ du sein et densité mammaire. Cette dernière apparaissant avoir dans plusieurs études la valeur prédictive la plus forte de cancer du sein invasif, des auteurs américains ont évalué le risque de carcinome canalaire associé à la densité mammaire.

Ils ont mené une étude prospective portant sur 158 000 femmes, identifiées via les
registres mammographiques de deux États des États-Unis : celui du New Hampshire (76 000 femmes ayant eu un dépistage mammographique entre juin 1996 et juillet 2000) et celui du Vermont (82 000 femmes ayant eu une mammographie de dépistage entre janvier 1994 et décembre 2001). Ces femmes, toutes âgées de 40 ans et plus, étaient indemnes d’antécédents de cancer du sein, n’avaient pas d’implants mammaires et n’avaient pas subi de chirurgie de réduction des seins.  

L’analyse a porté sur 572 cas de cancers canalaires in situ, survenus chez 154 936 femmes, dont 168 (29 %) recensés chez les femmes non ménopausées et 403 cas (71 %) chez les femmes ménopausées.
Nombre de facteurs ont été pris en compte : données socio-démographiques ; antécédents médicaux personnels et familiaux (dont ceux de cancer du sein) ; indice de masse corporelle ; âge aux premières règles, à la première grossesse ; parité ; nombre de naissances d’enfants vivants ; statut ménopausique, utilisation d’un traitement hormonal substitutif…La densité mammaire, facteur de risque d’intérêt, a été évaluée en prenant en considération la proportion de tissu fibro-glandulaire relativement au tissu graisseux, de façon standardisée selon la classification BI-RADS (Breast Imaging Reporting and Data System) de l’American College of Radiology (type 1 = seins graisseux, type 2 = reliquats fibro-glandulaires disséminés, type 3 = densité de répartition hétérogène , type 4 = seins extrêmement denses).

Les résultats laissent apparaître une association entre densité mammaire et risque de cancer canalaire in situ dans cette population d’étude dont l’âge médian était de 52 ans (40-98 ans) et qui comptait un tiers de femmes dont le cursus scolaire s’était achevé en fin de collège.

Chez les femmes non ménopausées, l’analyse, effectuée sur 157 cas, met en évidence, en comparaison d’une densité mammaire de type 2, un risque relatif (RR) de cancer canalaire in situ de 0,29 lorsque la densité mammaire était de type 1 (intervalle de confiance à 95 % [ IC95] de 0,04 à 2,24), de 2,06 lorsque la densité mammaire était de type 3 (IC95 de 1,39 à 3,05) et de 2,40 (IC95 de 1,47 à 3,91) lorsque la densité des seins était de type 4.

Chez les femmes ménopausées, les risques relatifs correspondants, pour 369 cas analysés, étaient respectivement de 0,58 (IC95 de 0,37 à 0,93), 1,41 (IC95 de 1,12 à 1,78) et 1,49 (IC95 de 0,93 à 2,37).

Cette étude, prospective, forte d’une vaste population qui s’appuie sur des estimations standardisées de la densité mammaire et permet une évaluation de risque selon le statut ménopausique, suggère une influence forte de la densité mammaire sur le risque de cancer canalaire in situ des femmes non ménopausées, et une influence, que les auteurs qualifient de « modérément forte »,  chez les femmes ménopausées, sans argument pour une interaction entre densité mammaire et statut ménopausique.

Dr Julie Perrot

Référence
MacKenzie TA et coll. : Breast density in relation to risk of ductal carcinoma in situ of the breast in women undergoing screening mammography. Cancer Causes Control. Publication avancée en ligne le 19 juillet 2007.

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