Née vers 1978 de travaux d’éthologie (David Premack et Guy
Woodruff) sur les chimpanzés, la théorie de l’esprit fut
ensuite appliquée à la cognition humaine, notamment avec les
travaux de Simon Baron-Cohen, Alan M Leslie et Uta Frish, pour
atteindre désormais le champ de la psychologie et de la psychiatrie
où ses apports essentiels concernent l’autisme et la
schizophrénie.
Du point de vue de cette théorie, ces pathologies sont
considérées globalement comme le produit de déficiences à se
représenter autrui comme un être pensant, selon sa propre image.
D’où la difficulté (voire l’impossibilité) pour intégrer l’autre,
ignoré ou méconnu, dans sa propre perception du monde
extérieur.
Rencontrés à la fois chez les autistes et chez les psychotiques
(souvent comme problèmes principaux), les troubles de l’adaptation
sociale résulteraient ainsi en grande partie des défaillances dans
les facultés de prédire ou de comprendre les comportements
d’autrui, sur la base de ses états mentaux supposés. En un sens, la
théorie de l’esprit constitue une « métathéorie » puisqu’elle porte
sur la possibilité de raisonner sur le raisonnement (pouvoir penser
par exemple à ce que les autres pensent de nous). Un article du
British Journal of Psychiatry fait le point sur son apport
pertinent dans notre vision actuelle de la schizophrénie, en
recourant à une méta-analyse de 29 études récentes sur ce thème
(publiées entre Janvier 1993 et Mai 2006).
Cette analyse rétrospective confirme l’existence de déficits
significatifs de la mentalisation dans la schizophrénie, même chez
les patients en rémission. Une carence de représentation mentale
constitue donc bien un trait caractéristique de cette affection,
concluent les auteurs. Et pour les recherches futures, ils
préconisent de s’intéresser à ce déficit de mentalisation avant
même l’apparition clinique de la maladie (dont il serait ainsi un
signe indicatif). Autre axe de travail : il faudrait préciser les
points communs et les différences des troubles de la représentation
mentale, dans l’autisme et dans la schizophrénie.
Dr Alain Cohen
Sprong M et coll. : “Theory of mind in schizophrenia.” Br J Psychiatry 2007; 191 : 5-13.
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:
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"Schizophrénie et théorie de l’esprit"
Le 12 septembre 2007
Tout schizophrène construit sa prope théorie du monde qui inclu sa propre vision d'autrui, et de lui-même. Et la variété des signes cliniques ne facilite pas l'approche de ce trouble.
En cela le schizophrène fait comme tout être humain: à travers sa pathologie il s'explique le monde et son existence, donnant un sens à ses troubles.
La théorie de l'esprit est une tentative semblable à celle de tout être humain et celle des schizophrènes pour expliquer ce qui, pour l'heure, est encore inexplicable. Derrière son "scientisme" elle n'est pas plus pertinente, ni moins, qu'une théorie de schizophrène.
Chrisitan Lahourcade
"Schizophrénie et théorie de l’esprit"
Le 14 septembre 2007
Une théorie à succés et non dénuée d'intéret mais qui comme d'autres cherche à maitriser une maladie plus qu'à comprendre la manière d'étre au monde d'un sujet et qui donc le réduit à une maladie et à étre un objet de science. La théorie de l'esprit est utile tant qu'elle reste un outil d'approche relationnelle mais il ne faudrait pas en attendre plus. Les découvertes de la théorie de l'esprit sont pour partie une réécriture d'une approche à la fois plus ambitieuse et plus modeste de compréhension des difficultés et particularité de l'étre au monde schizophrène que l'on peut trouver dans un ouvrage remarquable : " la perte de l'évidence naturelle , contribution à l'étude des shizophrénies pauci-symptomatiques " de Blankenburg.
Thierry Colin
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