L’acide folique échoue à prévenir la survenue d’adénomes colorectaux

L’acide folique et ses dérivés sont des nutriments essentiels chez l’homme. Ils jouent notamment un rôle de premier plan dans la synthèse des nucléotides et les réactions de méthylation. Le déficit en folates conduit en règle à une anémie macrocytaire et, même dans les pays industrialisés, une supplémentation en acide folique s’avère utile pour prévenir les anomalies du tube neural.

Il semble en outre qu’une alimentation pauvre en folates puisse s’associer à une augmentation du risque de néoplasie colorectale, a fortiori dans un contexte d’alcoolisme chronique qui interfère avec le métabolisme de l’acide folique. Chez l’animal, les données expérimentales plaident en faveur d’un effet antinéoplasique de ce dernier.  Qu’en est-il chez l’homme ?

Un essai randomisé multicentrique, mené à double insu contre placebo, a inclus 1021 sujets des deux sexes, avec des antécédents récents d’adénome colorectal (ACR). Dans le groupe traité (n=516), l’acide folique a été administré à la dose quotidienne de 1 mg/j. Une randomisation séparée a en outre été effectuée en vue de l’administration parallèle d’aspirine (81 ou 325 mg/j) ou d’un placebo. Deux coloscopies ont été effectuées, l’une dans les 3 ans qui ont suivi, l’autre 3 à 5 ans plus tard.

Au cours des trois premières années du suivi, 987 patients (96,7 %) ont subi la coloscopie prévue. La fréquence des ACR (au moins un par sujet) ainsi découverts a été de 44,1 % dans le groupe acide folique et de 42,4 % dans le groupe placebo, soit un risque relatif  (RR) de 1,04. Les valeurs correspondant pour ce qui est des lésions coliques évoluées (au moins une par sujet) ont été respectivement de 11,4 % et 8,6 %, ce qui conduit à un RR non ajusté de 1,32.

Une seconde coloscopie a été réalisée comme prévu chez 607 participants (59,7 %). Les résultats sont voisins de ceux obtenus avec le premier examen : 1) pour les ACR, respectivement 41,9 % et 37,2 % (RR non ajusté, 1,13, NS) ; 2) pour les lésions coliques évoluées, respectivement 11,6 % et 6,9 % (RR non ajusté, 1,57 ; p=0,09). Ces résultats n’ont pas été affectés par l’ajustement en fonction des facteurs de confusion potentiels.

En outre, l’exposition à l’acide folique a été associée à un risque plus élevé d’être atteint d’au moins 3 ACR ou encore d’un cancer colorectal.

Cette étude randomisée conclut à l’inefficacité de l’acide folique dans la prévention secondaires des adénomes colorectaux. Son innocuité est même mise en doute, dans la mesure où  il pourrait augmenter le risque de cancer colorectal.

Dr John Sorri

Référence
Cole BF et coll. : “Folic acid for the prevention of colorectal adenomas. A randomized clinical trial.” JAMA 2007; 297: 2351-2359.

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