La FDG-TEP a peut-être sa place dans l’évaluation de la maladie de Crohn

La maladie de Crohn est une affection inflammatoire chronique qui touche essentiellement le tractus gastro-intestinal. Elle évolue par poussées entrecoupées de rémissions. L’objectif du traitement est d’assurer une qualité de vie (QdV) optimale en allongeant la durée des rémissions et évitant les complications les plus sévères. A cet égard, deux problèmes sont souvent rencontrés qui compliquent la tâche du clinicien : 1) existence de symptômes évoquant une phase active de la maladie, alors même que les marqueurs biologiques sont strictement normaux ; 2) absence de symptômes, ce qui n’exclut pas la possibilité d’une évolution inexorable vers des sténoses ou des fistules intestinales, en dépit d’un traitement bien conduit. Les immunosupresseurs, tels l’azathioprine et, plus récemment, les anti-TNF alpha, tels l’infliximab, constituent un progrès thérapeutique réel qui permet potentiellement la guérison des lésions muqueuses. L’endoscopie digestive constitue la technique de référence pour évaluer les effets des divers traitements, mais elle a pourtant ses limites, en termes de sensibilité et de désagrément pour le malade. La tomographie à émission de positons (TEP) utilisant le 18F-FDG comme radiotraceur, pourrait s’avérer utile dans ce contexte clinique, dans la mesure où ce dernier est un marqueur des lésions inflammatoires évolutives, autant que des lésions tumorales. La combinaison de la TEP à la tomododensitométrie (TDM) dans le cadre des machine hybrides (TEP-TDM) est un progrès appréciable dans l’étude des lésions inflammatoires de l’intestin, compte tenu de l’élimination intestinale physiologique du traceur, puisqu’elle permet de réduire la fréquence des faux-positifs. Des études pilotes ont d’ores et déjà abouti à des résultats encourageants sur ce point.

Une étude de cohorte prospective plus consistante a inclus 22 patients atteints d’une maladie de Crohn avérée. A moins d’une semaine d’intervalle (en moyenne, 2 jours), ont été réalisées successivement une FDG-TEP et une iléocoloscopie.

L’index d’activité de la maladie ou CDAI (Crohn’s disease activity index) a été calculé avant l’endoscopie et les taux sériques de CRP ont été systématiquement dosés, de même que les concentrations fécales de calprotectine, un autre marqueur biologique pertinent. En outre, lors de la coloscopie, a été mesuré le score CDEIS (Crohn’s disease endoscopy index of severity).

Au total, ont été analysés, chez ces 22 patients, 95 segments intestinaux et coliques. La FDG-TEP-TEM a détecté 35 des 48 segments jugés pathologiques en endoscopie, la technique de référence, soit une sensibilité de 72, 9 %.

La sensibilité de la FDG-TEP dans la détection des lésions considérées comme sévères en endoscopie a été estimée à 100 % (14/14).  Le score FDG-TEP global a été significativement corrélé au score CDEIS (r=0,51 ; p=0,017), au score CDAI (r=0,58 ; p=0,005) et à la CRP (r=0,56 ; p=0,007).

Cette étude porte certes sur un effectif restreint qui limite la portée de ses résultats. Elle n’en révèle pas moins une corrélation étroite entre les données de la FDG-TEP-TDM et celles fournies par la clinique, l’endoscopie et les tests biologiques. Elle semble être particulièrement sensible dans la détection des segments coliques et intestinaux où il existe des lésions muqueuses modérées à sévères. L’impact potentiel de cette technique d’imagerie non invasive sur la prise en charge globale des patients atteints de cette maladie reste à préciser au moyen d’autres études prospectives de plus grande envergure.

Dr Philippe Tellier

Référence
Louis E et coll. : “Noninvasive assessment of Crohn’s disease intestinal lesions with 18F-FDG-PET/CT.” J Nucl Med 2007 ; 48 : 1053-1059.

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