Traitement des douleurs chroniques : pourquoi pas le cannabis ?

Au cours des dix dernières années, les bases pharmacologiques des effets du cannabis  ont été largement dévoilées. Son constituant psychoactif principal, le delta9-tétrahydrocannabinol (THC) a été isolé et synthétisé. On sait maintenant qu’il existe deux sous-types de récepteurs cannabinoïdes, CB1 et CB2, et l’existence d’un troisième récepteur est suspectée. La présence, dans le système nerveux central et dans certains tissus périphériques, de sites de liaison CB1 de haute affinité a été démontrée, tandis que les récepteurs CB2 sont exprimés en grande quantité dans le système immunitaire. De plus, deux cannabinoïdes endogènes ou endocannabinoïdes ont été  mis en évidence, l’anandamide et le 2-arachidonylglycérol, dont le rôle dans les phénomènes douloureux a été fortement suspecté. L’effet antalgique du cannabis a donc été examiné avec une attention toute particulière. Néanmoins les premiers résultats ne sont pas apparus très positifs.

En 2001, concluant une revue systématique de l’effet analgésique du cannabis, FA Campbell et coll. affirmaient ainsi que « les cannabinoïdes n’étaient pas plus efficaces que la codéine et que leurs effets dépresseurs centraux limitaient leur utilisation ». En 2007, la situation a-t-elle évolué ? C’est ce qu’ont voulu savoir P Beaulieu et M Ware qui ont analysé les dernières publications.

Dans la douleur aiguë, seulement cinq études ont été menées depuis 1990, deux chez le volontaire sain et trois en postopératoire : l’action des cannabinoïdes est apparue proche de celle du placebo, voire anti-analgésique, pouvant induire une augmentation des scores douloureux. Mais il est vrai que ces travaux ont concerné très peu de patients.

L’analyse des essais randomisé effectués depuis 2005 dans la douleur chronique a en revanche abouti à des conclusions beaucoup plus optimistes. Qu’il s’agisse d’extraits de cannabis administrés par voie orale ou sublinguale, d’un cannabinoïde de synthèse (nabilone) ou même de « joints » classiques, les effets antalgiques apparaissent manifestes dans des situations cliniques aussi différentes que la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde, les douleurs neuropathiques. L’efficacité des cannabinoïdes sur les douleurs chroniques  d’origine neuropathique ou inflammatoire ainsi que sur la spasticité semblent donc pouvoir permettre aux praticiens de compter sur une nouvelle classe thérapeutique. D’ailleurs, les recommandations européennes et canadiennes pour le traitement de la douleur neuropathique  mentionnent aujourd’hui les cannabinoïdes comme traitement adjuvant possible. Si les effets secondaires immédiats semblent mineurs sous réserve d’un dosage et d’un suivi soigneux, les données concernant les effets secondaires à long terme nécessitent certainement des études supplémentaires. Encore que ces effets, incluant interactions médicamenteuses, altérations cognitives et risque d’addiction, ne soient pas propres au cannabis.

Dr Marie Werter

Référence
Beaulieu P et Ware M : « Reassessment of the role of cannabinoids in the management of pain ». Current Opinion in Anaesthesiology 2007 ; 20 : 473-477.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article