Le lymphoedème après cancer du sein : quelle prise en charge ?

En présence d’un cancer du sein invasif, l’avènement de la technique du ganglion sentinelle a fortement réduit le recours au curage axillaire - dont l’apport thérapeutique et surtout pronostique reste incontournable - actuellement limité aux 2 premiers étages de la classification anatomique de BERG sans perte de chance selon les données disponibles. Il n’en demeure pas moins que toutes les patientes ne sont pas éligibles à cette technique réservée, à priori, aux cancers débutants localisés (moins de 2 à 3 cm, pas d’adénopathie clinique). Il persiste bon nombre d’indication primitive de curage axillaire sans parler des indications posées secondairement quand le ganglion sentinelle est positif (20 % des cas). La complication principale du curage axillaire demeure le lymphœdème qui touche à peu près 5 % des patientes opérées et qui peut survenir plusieurs années après l’intervention, prenant naissance au niveau du bras et de la main et favorisé par les infections – souvent par un stretocoque ou un staphylocoque – les plaies au niveau des mains (liées au jardinage, les manucures, les griffures, etc), le port de charges lourdes par le bras opéré, les traumatismes répétés (tennis, fitness, powerplate, etc.), la surcharge pondérale, l’exposition prolongée à la chaleur (sauna, bains chauds, cures thermales).

La prévention du lymphœdème représente l’élément essentiel du traitement qui ne peut se concevoir qu’après une information rigoureuse et répétitive de la patiente. Cette prise en charge préventive passe par une hygiène rigoureuse du bras opéré (port de gants de jardinage, désinfection soigneuse des plaies, refus des prises de sang et des prises de la tension artérielle par exemple), par un contrôle pondéral attentif et par l’évitement des situations à risque décrites ci-dessus.

Malgré cela, la formation d’un lymphœdème reste possible. Son traitement curatif passe alors quasi exclusivement par la physiothérapie dite décongestive qui doit être proposée le plus rapidement possible pour tenter d’éviter le passage à la chronicité. Une première phase intensive réduit rapidement le volume du lymphœdème sous l’effet de drainages lymphatiques quotidiens associés à la pose de bandages multicouches peu élastiques, d’exercices sous bandage et de soins de peau rigoureux. Après réduction du lymphoedème, une deuxième phase d’entretien demeure indispensable pour maintenir le résultat thérapeutique. Elle comportera – en sus du rappel des règles d’hygiène précédemment mentionnées - des bandages multicouches nocturnes qui pourront être mis en place par la patiente elle-même ainsi qu’une compression élastique diurne par des vêtements compressifs sur mesure éventuellement complétés par des drainages lymphatiques manuels.

L’efficacité globale de ces diverses procédures passe par une observance prolongée parfois difficile à maintenir justifiant un suivi médical attentif et motivant.

Dr Jean-Michel Brideron

Référence
Arrault M : « Prise en charge du lymphœdème du membre supérieur après traitement du cancer du sein » Bulletin du Cancer. 2007 ; 94, : 669-74, Juillet-Août 2007

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Vos réactions (2)

  • "Le lymphoedème après cancer du sein : quelle prise en charge ?"

    Le 01 octobre 2007

    J'aimerais des precisions sur le danger de prendre la tension sur le bras pour éviter le lymphoedeme. Celà me parait relever du bruit de couloir de concierge à l'heure de l'"évidence-based-medicin". Physiopathologie fumeuse ? Pas de striction ni de compression "prolongée", évidemment, mais de là à ne pas prendre la tension!!!

    Bruno Doucet

  • "Le lymphoedème après cancer du sein : quelle prise en charge ?"

    Le 02 octobre 2007

    Cela relève du principe de précaution, mais c'est une réalité physiologique, comme ne pas faire de prise de sang.

    Eric Havet

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