I.Delbaere*, P.De Sutter* ,J.Gerris**,M.Temmerman***.
*attaché, Université de Gand
**président du secteur Man-Vrouw-Kind, Université de Gand
***chef du Département d’Obstétrique, Université de Gand
Dans le cadre d’une FVI/ICSI, le transfert de plusieurs
embryons est à l’origine d’un nombre élevé de grossesses
gémellaires.
Chez les femmes dont la probabilité de grossesse viable est élevée,
le transfert d’un seul embryon permettrait de limiter les
naissances gémellaires. Il présente également des avantages sur les
plans de la durée de la grossesse et du poids de naissance.
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En bref
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Dans les années 80, le nombre de naissances multiples était
très élevé suite au transfert de plusieurs embryons. Vers le milieu
des années 90, les médecins se sont de plus en plus souvent limités
au transfert de deux puis d’un seul embryon. S’il y a transfert de
plus d’un embryon, la probabilité de grossesse multiple est très
élevée chez les femmes <36 ans qui ont à leur disposition
plusieurs embryons de bonne qualité au cours des 3 premiers
cycles.
Ces patientes sont les candidates par excellence au transfert d’un
seul embryon. |
Les débuts
Dans les années 80, la procréation médicalement assistée
n’obtenait pas d’aussi bons résultats qu’aujourd’hui. Par cycle, on
transférait deux ou trois embryons, voire plus. Si la probabilité
de grossesse viable s’en trouvait augmentée, la pratique a
également donné lieu à une épidémie de grossesses multiples. Près
d’un tiers des naissances consécutives à une FIV/ICSI consistaient
en naissances multiples. Après fécondation naturelle, il n’y a que
1% de naissances gémellaires (1).
Double transfert d’embryon
Au milieu des années 90, les médecins se sont de plus en plus
limités à deux embryons. Ils voulaient ainsi réduire le nombre de
naissances multiples. Le passage du transfert de plusieurs embryons
(multiple embryo transfer - MET) au transfert de deux embryons
(double embryo transfer - DET) a connu un certain succès. Le nombre
de triplés et de quadruplés nés après une fécondation médicalement
assistée a diminué. Dans de nombreux cas toutefois, les deux
embryons transférés continuaient à se développer dans l’utérus. La
mesure avait peu d’effet sur le nombre de naissances gémellaires
(2).
Transfert d’un seul embryon
L’étape logique suivante était le passage du DET au SET (single
embryo transfer). Ce passage ne s’est pas fait aussi facilement
qu’on le pensait au départ. Initialement, les études ont montré que
les probabilités de grossesse après SET n’étaient pas très
favorables. Cependant, ces études portaient exclusivement sur des
femmes pour lesquelles on ne disposait que d’un embryon à
transférer. La probabilité de grossesse est plus élevée si un cycle
fournit trois embryons ou plus de bonne qualité (3). Les
études ultérieures incluaient également des femmes pour qui on
disposait de plusieurs embryons de bonne qualité. Le meilleur
embryon est alors sélectionné en vue du transfert. On parle de SET
électif (eSET).
Pour sélectionner le meilleur
embryon, on suit le processus de division au microscope pendant
quelques jours. Un embryon de haute qualité possède 4 à 5
blastomères au 2e jour suivant la fécondation et plus de 7
blastomères au 3e jour; la fragmentation est inférieure à 20% et il
n’y a pas de multinucléation (4). Si plusieurs embryons répondent à
ces critères, l’un d’entre eux est transféré dans l’utérus et les
autres sont congelés. Tout comme la qualité des embryons, l’âge de
la mère (<36 ans) est un facteur pronostique important.
Chez une femme jeune qui dispose de plusieurs embryons de haute
qualité au cours de ses 3 premiers cycles, la probabilité de
grossesse multiple est très élevée s’il y a transfert de plus d’un
embryon. Dans la littérature, on parle de twin-prone patient. Ces
patientes sont les candidates par excellence à un SET (4).
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En bref
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La probabilité de grossesse viable après SET est pratiquement
aussi élevée qu’après DET. À long terme, le traitement par SET est
meilleur marché, essentiellement parce qu’il limite le nombre de
jumeaux. En 2003, la Santé Publique a convenu de rembourser jusqu’à
6 tentatives de FIV/ICSI chez les femmes de moins de 43 ans.
En contrepartie, on essaierait de limiter autant que possible le
nombre de naissances gémellaires via l’application systématique du
SET chez les femmes jeunes (<36 ans) disposant de plusieurs
embryons de bonne qualité au cours de leurs deux premiers
cycles. |
Résultats
Les études qui ont analysé la probabilité de grossesse après
eSET ont mis en évidence de bons résultats pour la technique.
Lorsqu’un seul embryon est transféré, la probabilité de succès est
d’environ 30%, soit pratiquement autant qu’après DET.1 Ce
traitement peut modifier le nombre de naissances gémellaires. Si la
moitié des patientes FIV/ICSI étaient traitées par SET, le
pourcentage de naissances gémellaires après FIV/ICSI tomberait
en-dessous de 10%.
L’objectif mis en avant par l’European Society of Human
Reproduction and Embryology (ESHRE) pourrait ainsi être atteint
(5).
Coût
Au début de ce siècle, on a analysé les coûts maternels,
néonatals et totaux des cycles SET et DET (6,7). Le DET se
solde par un nombre élevé de jumeaux; il a été jugé beaucoup plus
coûteux. En cas de grossesse gémellaire, la probabilité de
naissance prématurée – et donc la nécessité de soins néonataux
intensifs – est beaucoup plus élevée. En Belgique, les études ont
montré que la réduction de 50% du nombre de grossesses multiples
après FIV/ICSI pourrait compenser les coûts de laboratoire pour
environ 7 000 cycles.
Accord
En 2003, le groupement professionnel des gynécologues a réussi à
convaincre le ministre de la Santé Publique de l’époque de
rembourser la FIV/ICSI chez les femmes de moins de 43 ans. À
l’heure actuelle, on rembourse 6 tentatives maximum.
Le ministre n’a accepté d’introduire cette mesure de remboursement
qu’à la condition de limiter le nombre de grossesses gémellaires
après FIV/ICSI.
Par conséquent, il a été décidé d’appliquer le SET de manière
systématique chez les femmes <36 ans qui disposent de plusieurs
embryons de bonne qualité au cours de leurs deux premiers cycles.
Le transfert de deux embryons ou plus reste autorisé chez les
femmes plus âgées ou lorsqu’on ne dispose que d’embryons de moins
bonne qualité (lors du 2e cycle) (8).
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En bref
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En 2004, on a observé une diminution importante du nombre de
naissances gémellaires. L’issue périnatale du SET est également
très encourageante.
La durée de la grossesse, le poids de naissance et l’incidence de
la prématurité et de la mortinatalité étaient comparables à ceux
observés en cas de grossesse unifœtale obtenue
naturellement. |
Diminution des naissances gémellaires
Les conséquences ne se sont pas fait attendre. La mesure de
remboursement de la FIV est entrée en vigueur au 1 juillet
2003.
Au cours de l’année 2004, on constatait déjà une diminution
importante du nombre de jumeaux.
En 1995, le pourcentage de naissances gémellaires après FIV/ICSI
était encore de 30,9%; en 2004, il avait chuté à 11,9% (figure 1)
(9). Ce chiffre était très proche de l’objectif des 10%.
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Figure 1
Évolution du nombre de grossesses multiples en fonction de la
manière dont la grossesse a été obtenue (%)
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Issue périnatale
Après SET, l’issue périnatale semble également très
encourageante. De Neubourg10 a comparé 251 enfants nés après SET à
59 535 enfants issus de grossesses unifœtales obtenues
naturellement. Sur les plans de la durée de la grossesse et du
poids de naissance, aucune différence significative n’a été
observée entre les deux groupes de nouveau-nés. L’incidence de la
prématurité et de la mortinatalité était également comparable. Dans
de précédentes études, les bébés issus de la reproduction
médicalement assistée semblaient défavorisés. Les résultats du SET
sont donc remarquables (11).
Dans une étude personnelle, nous avons comparé 404 enfants issus
d’une grossesse unifœtale après SET et 431 enfants issus d’une
grossesse unifœtale après DET (tableau 1) (12). Pour les enfants
issus de SET, la durée de la grossesse était significativement plus
longue et le poids de naissance significativement plus élevé.
L’incidence de la prématurité était plus élevée chez les enfants
issus de DET (10,4% après DET contre 6,2% après SET).
Le bas poids de naissance (<2 500 g) était également plus
fréquent chez les enfants DET (11,6% des enfants DET contre 4,2%
des enfants SET).
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Tableau 1.
Issue périnatale après SET et DET, ajusté pour l’âge
maternel, la parité, le nombre de cycles antérieurs, l’indication
de la fécondation médicalement assistée, la technique mise en
œuvre,
la qualité des embryons et le sexe de l’enfant
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En bref
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Le nombre de jumeaux est à nouveau en hausse depuis 2004.
La cause précise de ce phénomène n’a pas encore été déterminée. Des
voix s’élèvent pour demander une nouvelle adaptation des critères
pour le SET. |
L’avenir
Selon les rapports annuels du Studiecentrum voor
Perinatale Epidemiologie et l’étude sur les naissances multiples
conduite en Flandre Orientale, la tendance à la baisse du nombre de
jumeaux en 2004 ne se maintient pas. Le nombre de jumeaux nés après
FIV/ICSI est à nouveau en hausse.
La cause précise de ce phénomène n’a pas encore été
déterminée.
Chez les femmes qui ont bénéficié de trois cycles de FIV/ICSI ou
plus depuis 2003, le transfert de deux embryons ou plus est
autorisé. Cela peut avoir contribué à cette nouvelle
augmentation.
En outre, le pourcentage de femmes flamandes de 35 ans ou plus qui
souhaitent être mères augmente chaque année (13). Le nombre de
femmes candidates à un transfert de deux embryons ou plus est donc
lui aussi en hausse. Cette nouvelle évolution nous conduit à
peut-être envisager de redéfinir la notion de twin-prone patient.
Les nouvelles recherches montrent que la probabilité de grossesse
après eSET reste élevée jusqu’à l’âge de 38 ans (14).
Conclusion
Le nombre élevé de jumeaux après FIV/ICSI a
longtemps été considéré comme le principal inconvénient de la
reproduction médicalement assistée. Le nombre de naissances
gémellaires ne peut être limité que si on applique le SET chez les
femmes ayant une probabilité élevée de grossesse gémellaire.
Le SET présente un certain nombre d’avantages majeurs. La durée de
la grossesse, le poids de naissance et l’incidence de la
prématurité et de la mortinatalité correspondent à ceux des
grossesses unifœtales obtenues naturellement.
Au vu des avantages du SET, il convient de déterminer quelles
femmes ne sont pas candidates à cette forme de reproduction
médicalement assistée, de façon à pouvoir la mettre en œuvre dans
tous les autres cas.
Références
1. Bergh C. Single embryo transfer: a mini-review. Hum.Reprod.
2005;20:323-27.
2. Dhont M. Single-embryo transfer. Seminars in Reproductive
Medicine 2001;19:251-58.
3. Coetsier T, Dhont M. Avoiding multiple pregnancies in in-vitro
fertilization: who’s afraid of single embryo transfer? Hum.Reprod.
1998;13:2663-64.
4. Van Royen E, Mangelschots K, De Neubourg D, et al.
Characterization of a top quality embryo, a step towards
single-embryo transfer.
Hum.Reprod. 1999;14:2345-49.
5. ESHRE. Prevention of twin pregnancies after IVF/ICSI by single
embryo transfer. Hum.Reprod. 2001;16:790-800.
6. De Sutter P, Gerris J, Dhont M. A health-economic
decision-analytic model comparing double with single embryo
transfer in IVF/ICSI.
Hum.Reprod. 2002;17:2891-96.
7. Gerris J, De Sutter P, De Neubourg D, et al. A real-life
prospective health economic study of elective single embryo
transfer versus two-embryo transfer in first IVF/ICSI cycles.
Hum.Reprod. 2004;19:923.
8. Ombelet W, De Sutter P, Van der Elst J, et al. Multiple
gestation and infertility treatment: registration, reflection and
reaction—the Belgian project. Hum.Reprod.Update 2005;11:3-14.
9. Cammu H, Martens G, De Coen K, et al. Study Centre for Perinatal
Epidemiology (SPE) Flanders. Annual Report 2004.
10. Neubourg DD, Gerris J, Mangelschots K, et al. The obstetrical
and neonatal outcome of babies born after single-embryo transfer in
IVF/ICSI compares favourably to spontaneously conceived babies.
Hum.Reprod. 2006;**:dei424.
11. Helmerhorst FM, Perquin DAM, Donker D, et al. Perinatal outcome
of singleton and twins after assisted conception: a systematic
review of controlled studies. BMJ 2004;328:7434.
12. De Sutter P, Delbaere I, Gerris J, et al. Birth weight of
singletons after assisted reproduction is higher after single than
after double embryo transfer. Hum.Reprod. 2006;21:2633-37.
13. Delbaere I, Verstraelen H, Goetgeluk S, et al. Pregnancy
outcome in primiparae of advanced maternal age. European Journal of
Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology 2006.
14. De Neubourg D, Gerris J. What about the remaining twins since
single-embryo transfer? How far can (should) we go? Hum.Reprod.
2006;thesis:dei425.
Copyright © medisurf, Patient Care, Juin 2007
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