Sérum salé plutôt qu’albumine pour de meilleures chances de survie après un traumatisme cérébral en réanimation

Les protocoles de réanimation préconisent souvent l’utilisation de cristalloïdes pour le remplissage vasculaire, dans le but d’obtenir une restauration rapide de la volémie et prévenir l’hypotension. En cas le traumatisme cérébral,  le choix d’un colloïde, dont l’albumine, pourrait se justifier en ce qu’il réduirait l’extravasation du liquide intravasculaire vers l’interstitium cérébral.

Les résultats de l’étude SAFE (The Saline versus Albumin Fluid Evaluation) laissaient cependant entendre que l’utilisation de l’albumine chez les patients victimes d’un traumatisme cérébral entraînait une surmortalité par rapport à l’utilisation d’un sérum salé. Cependant l’insuffisance, dans SAFE, des données prouvant la similitude des paramètres de base entre les deux groupes de patients traités par sérum salé ou albumine, et le choix peu satisfaisant du critère primaire d’évaluation (décès à 28 jours) ont conduit à réaliser une étude post hoc sur un grand nombre des participants de l’étude SAFE.

Elle a en effet concerné 460 des 515 patients inclus initialement dont 231 avaient reçu de l’albumine et 229 une solution saline. Les paramètres démographiques, de gravité, d’hémodynamique et ceux spécifiques à la lésion cérébrale étaient comparables dans les deux groupes. A 24 mois de suivi, 71 des 214 patients ayant reçu de l’albumine (33,2 %) étaient décédés, contre 42 des 206 (20,4 %) dans l’autre groupe (Risque Relatif (RR) : 1,63 ; Intervalle de confiance (IC) à 95 % : 1,17 à 2,26 ; p = 0,003). Dans les 2 groupes la plupart des décès étaient survenus dans les 28 jours après le traumatisme. Parmi les sujets considérés comme ayant un traumatisme grave (3 à 8 sur l’échelle de Glasgow, 69 % des cas dans les deux groupes) 61 sur 146 (41,8 %) sont décédés dans le groupe albumine et 32 sur 144 (22,2 %) dans le groupe solution saline (RR : 1,88 ; IC : 1,31 à 2,70 ; p < 0,001).

Une évolution neurologique favorable se retrouvait significativement moins souvent dans le groupe traité par albumine y compris en cas de lésion grave ceci étant lié au taux de mortalité supérieur ; les suites fonctionnelles à distance étant en revanche identiques dans les 2 groupes.

Les conclusions de cette étude post hoc confirment donc celles de la première étude SAFE en faisant apparaître des taux de mortalité significativement supérieurs en cas de remplissage avec l’albumine lors des réanimations pour lésions cérébrales. Bien que les mécanismes biologiques ne soient pas clairement élucidés, ces résultats semblent conforter le choix d’une solution saline.

Dr Isabelle Lanfranconi

Référence
The SAFE study investigators : « Saline or albumine for fluid resuscitation in patients with traumatic brain injury. » N Engl J Med., 2007 ; 357 : 874-884.

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