Helsinki, le vendredi 26 octobre 2007 – Souvent les pays
nordiques sont montrés en exemple pour leur belle stabilité
économique, qui ne serait pas incompatible avec une politique
sociale généreuse. Les infirmières pourraient, dans une certaine
mesure, partager cette admiration. La spécificité du système de
santé finlandais, qui repose sur une organisation municipale, et la
pénurie historique de médecins, ont en effet offert au corps
infirmier de ce pays une place prépondérante dont ces
professionnelles ne jouissent dans pratiquement aucun autre pays au
monde. En décembre 2003, la revue Actualité et dossier en santé
publique éditée par le Haut conseil de la santé publique décrivait
dans un numéro consacré à la Finlande : « Les infirmières ont
leurs propres cabinets de consultation et fournissent une grande
partie des soins maternels et infantiles (…). Elles jouent un rôle
fondamental en matière de prévention. Leur densité est largement
supérieure à celle observée dans les autres pays européens ».
En effet alors qu’en France on compte 6,7 infirmières pour mille
habitants et tandis que la moyenne des pays de l’OCDE est de 9,8
professionnelles pour mille personnes, cette densité atteint 14,7
infirmières pour 1000 en Finlande. Il y aurait ainsi aujourd’hui 56
000 infirmières finlandaises, dont 8 % exerceraient dans d’autres
branches d’activité. En outre, 4 000 professionnelles finlandaises
travaillent aujourd’hui à l’étranger, dont 1 600 en Suède et 630 en
Norvège.
Entre 400 et 600 euros d’augmentation sur deux ans et
demi
Le rôle capital qu’elles jouent au sein du système de santé
n’offre pour autant pas aux infirmières finlandaises une
reconnaissance salariale à la mesure de leur importance. Aussi,
jouant pour une part de leur force numérique et rappelant en outre
qu’un grand nombre d’infirmières a déjà choisi de quitter les
terres finnoises, ces professionnelles ont entamé il y a quelques
semaines un mouvement de protestation particulièrement dur. Les
infirmières finlandaises touchent un salaire de 1 900 euros, quand
les autres employés municipaux sont en moyenne rétribués 2 500
euros. Les employeurs municipaux ont récemment annoncé qu’une
augmentation de 9 % étalée sur deux ans et demi allait bénéficier à
l’ensemble de leurs salariés et ont assuré aux infirmières qu’elles
jouiraient pour leur part d’une progression de 11,6 %. Le gel
salarial qui a marqué les dernières années exige aux yeux des
infirmières un geste nettement plus significatif : aussi,
réclament-elles une hausse de leurs salaires de 24 % sur deux ans
et demie, soit entre 400 et 600 euros. Jaana Laitinen-Pesola,
présidente du syndicat « Tehy », citée par Libération, explique : «
Si le niveau des salaires n’augmente pas de façon
significative, il ne nous reste plus qu’à changer de branche ou à
aller travailler à l’étranger ». L’exemple suédois est
notamment fréquemment cité : les rémunérations des infirmières sont
supérieures en moyenne de 500 euros à celles des professionnelles
finlandaises.
12 800 infirmières sur le départ !
Face à l’inefficacité probable d’un mouvement de grève, qui ne
manquerait pas d’être jugulé par l’impératif de service public, les
infirmières ont opté pour une solution radicale : la menace de
démission collective. Quelque 12 800 infirmières se sont ainsi
engagées à cesser leur activité le 19 novembre prochain si elles
n’obtenaient pas gain de cause. Les listes de signataires ont déjà
commencé à affluer dans les hôpitaux, bien que des discussions
juridiques continuent à d’interroger sur leur légalité. Si le
ministre du Travail, madame Tarja Cronberg affirme que les
signatures collectées par les syndicats suffisent à entériner la
démission des infirmières, les employeurs municipaux refusent de
les reconnaître comme légales. « Une liste de signatures n’est
pas un mandat. La démission est un acte juridique assez important
pour qu’on ne puise pas accepter de telles listes » explique
un professeur en droit du travail, Seppo Kostinen. En tout état de
cause, les municipalités se révèlent particulièrement embarrassées
face à ces démissions en cascade, contre lesquelles elles n’auront
aucun moyen d’agir, sauf en cas de catastrophe sanitaire nationale.
Les répercussions dans les hôpitaux pourraient être
particulièrement importantes : dans certains établissements 40 %
des infirmières pourraient ne pas reprendre leur poste le 19
novembre.
Une main d’œuvre bon marché
Tant les municipalités que le gouvernement répètent cependant
qu’ils ne transigeront pas dans ce dossier. Sans doute tablent-ils
sur l’essoufflement du mouvement : les infirmières ne sont en effet
pas assurées de retrouver leur emploi à l’issue de leur coup de
force. Pour inciter leurs consoeurs à les rejoindre, Sari
Koivuyniemi, porte parole de Tehy, affirme cependant que la
réembauche des infirmières figurera parmi les conditions à la
signature d’un éventuel accord. L’épreuve vécue aujourd’hui par les
infirmières finlandaises semble symboliser le malaise éprouvé
partout à travers le monde par des professionnelles, qui demeurent
une main d’œuvre aussi essentielle que bon marché. On se souvient
ainsi qu’une étude américaine publiée en 2004 avait révélé qu’une «
augmentation d’un pour cent du nombre d’infirmières (…)
engagées à plein temps » n’entraînerait aux Etats-Unis qu’une
progression des coûts d’exploitation que de 0,25 %.
L.C.
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