Carence en vitamine D chez la femme enceinte et son fœtus : le problème n’est pas résolu en Europe du Nord

Malgré de nombreux travaux sur le sujet, la carence materno-fœtale en vitamine D n’a pas disparu. Aux Pays-Bas, les nouveau-nés (NN) des femmes qui ont une peau sombre ou cachée sous des vêtements, y restent exposés, comme le rapportent SH Dijkstra et coll (1).

Le principal marqueur du statut en vitamine D est le taux sérique de son métabolite hépatique, la 25-OH D3, dont la limite inférieure est habituellement fixée à 25 nmol/l (ou ~ 10 μg/l) chez le NN et la femme enceinte.
Les auteurs ont comparé les taux de 25-OH-D3 d’une cinquantaine de NN de femmes à peau sombre et/ou voilées (« groupe à risque élevé ») à celui d’un nombre à peu près égal de NN de femmes à peau claire (« groupe témoin »). Seules ont été retenues les naissances uniques, à terme. Le dosage a été effectué dans le sang du cordon, dans le cadre d’un bilan phospho-calcique, et couplé à un dosage maternel, en fin de gestation.

Par rapport au groupe témoin, la 25-OH D3 des NN du groupe à risque est plus souvent < 25 nmol/l (63,3 % versus 15,8 ; p < 0,001), et a une valeur médiane plus basse (20,0 nmol/l vs 52,5 ; p <0,001). Les phosphatases alcalines de ces NN sont aussi un peu plus basses, mais le reste du bilan est normal. De façon générale, il existe une forte corrélation entre les vitaminémies des mères et celles de leurs enfants (r=0,88).

Cette étude rappelle, par le versant néonatal, que la carence materno-fœtale en vitamine D reste un problème non résolu en Europe du Nord, notamment chez les femmes voilées. Sa fréquence est sans doute mal reflétée par cette étude dont les résultats sont quelque peu grevés par 1) des biais potentiels et des imprécisions : effectifs faibles, pas de tirage au sort, peaux « intermédiaires » assimilées aux peaux foncées, dosages sur sang de cordon, et 2) des données non commentées : il y a également 15 % de carences dans le groupe témoin, et seulement 16 femmes enceintes sur 70 ont pris de la vitamine D.

Les répercussions infantiles de la carence gestationnelle en vitamine D peuvent être évitées par la supplémentation de la femme enceinte au cours du troisième trimestre de la grossesse. L’administration d’une dose unique de 80 000 UI de vitamine D3 au début du 7ème mois est la façon la plus simple de procéder, notamment dans les groupes à risque élevé et pendant les mois « en r ». Elle suffit à prévenir l’hypocalcémie néo-natale et le rachitisme. Encore faut-il penser à la prescrire !

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Dijkstra SH et coll : « High prevalence of vitamin d deficiency in newborn infants of high-risk mothers » Arch Dis Child. 2007 ; 92 : 750-753

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Vos réactions (1)

  • "Carence en vitamine D chez la femme enceinte et son fœtus : le problème n’est pas résolu en Europe du Nord"

    Le 14 novembre 2007

    Ce n'est pas qu'en Europe du Nord que le problème de la carence en vitamine D se pose : le Pr. P. Godeau, dans ses souvenirs de médecin en Algérie, rapporte l'histoire d'une ostéomalacie endémique chez les femmes musulmanes, voilées et cloîtrées.

    Jean-François Foncin

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