Cancer, maladie de Parkinson et tabagisme : des relations inattendues

Près de 20 études épidémiologiques ont examiné, depuis plus deux décennies, la relation entre maladie de Parkinson et cancer, avec des résultats non homogènes. La plupart de ces études concluaient à une réduction du risque de cancer chez les patients atteints de maladie de Parkinson, tandis que d’autres observaient un accroissement du risque. Mais l’interprétation des résultats de ces études, en majorité rétrospectives, étant souvent limitée par des biais diagnostiques, par la petite taille des populations, le manque de témoins appariés de façon appropriée, et par le fait que la majorité des études avait examiné le risque de cancer après le diagnostic de la maladie de Parkinson et la mise en œuvre du traitement, des auteurs d’Harvard ont à leur tour cherché à préciser la relation entre cancer et maladie de Parkinson, de façon prospective, en s’intéressant au diagnostic de cancer précédant celui de maladie de Parkinson.

Ces auteurs ont mené une étude cas-témoins, au sein de la Physician’s Health Study, vaste cohorte prospective masculine ayant inclus 22 071 médecins américains, âgés de 40 à 84 ans lors de l’entrée dans la cohorte.
L’identification des cas de maladie de Parkinson s’est appuyée sur au moins un des critères suivants : 1) un diagnostic établi de maladie de Parkinson dans les dossiers médicaux ou comme cause du décès sur les certificat de décès ; 2) la prise d’un traitement antiparkinsonien ; 3) un examen neurologique mettant en évidence un tremblement de repos, une rigidité, une bradykinésie, ou une  instabilité posturale, sans argument pour un syndrome parkinsonien secondaire (AVC, antécédent d’encéphalite, tumeur cérébrale, prise d’un neuroleptique dans l’année précédant l’installation de la maladie) ; 4) le fait d’être suivi par un neurologue pour maladie de Parkinson idiopathique. 
L’item d’intérêt était la survenue d’un cancer confirmé (à l’exclusion des cancers de la peau autres que le mélanome) au cours de la période allant de l’entrée dans l’étude au diagnostic de maladie de Parkinson. Les cancers ont été classés en deux catégories : ceux liés au tabagisme (cancers du poumon, colo-rectal, de la vessie, du rein, du pancréas, et de la tête et du cou) et ceux non liés au tabagisme.  

Au cours d’un suivi de 22 années, entre 1982 et 2005, 487 cas incidents de maladie de Parkinson ont été identifiés au sein de la cohorte et appariés, pour l’âge d’entrée dans l’étude à un an près, à 487 témoins indemnes de maladie de Parkinson rapportée jusqu’à cinq années après le diagnostic du cas apparié. Cas et témoins étaient âgés en moyenne de 60,6 ans (40-85 ans) à l’entrée dans l’étude, et l’âge moyen d’installation de la maladie de Parkinson était 73,1 ans (45,7-93,9 ans).

L’étude met en évidence une fréquence de survenue de tout type de cancer moindre chez les cas (13,1 %) que chez les témoins (14,8 %).
Elle montre une relation inverse entre l’ensemble des cancers (OR = 0,83 ; IC à 95 % : 0,57-1,21), les cancers liés au tabagisme (OR = 0,74 ; IC à 95 % : 0,35-1,57), les cancers non liés au tabagisme (OR = 0,88 ; IC à 95 % : 0,59-1,32), et la survenue ultérieure d’une maladie  de Parkinson.
Le tabagisme s’est avéré significativement modifier la relation entre maladie de Parkinson et cancers liés au tabagisme : l’OR pour les cancers liés au tabagisme était de 0,32 (IC à 95 % 0,11-0,89) chez les patients atteints de maladie de Parkinson fumeurs ; il était de 6,85 (IC à 95 % 0,83-56,39) chez les parkinsoniens n’ayant jamais fumé.

Cette étude cas-témoins nichée dans une vaste cohorte prospective suggère une réduction de la fréquence des cancers, quel qu’en soit le type, précédant le diagnostic de maladie de Parkinson, et laisse apparaître une fréquence élevée, inattendue, de cancers liés au tabagisme  chez les patients atteints de maladie de Parkinson non fumeurs. Cette modification de la relation entre maladie de Parkinson et cancers liés au tabagisme, bien que basée sur un petit nombre de cancers, est statistiquement significative, et appelle confirmation et explications. 

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Driver JA et coll. : “Prospective case-control study of non fatal cancer preceding the diagnosis of Parkinson’s disease.” Cancer Causes Control 2007 ; 18 : 705-11.

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Vos réactions (1)

  • "Cancer, maladie de Parkinson et tabagisme : des relations inattendues"

    Le 26 octobre 2007

    Je suis toujours étonnée que le manichéisme ambiant ait occulté le message laissé par l'épidémie de Grippe espagnole qui montrait que les survivants qui déclenchaient une maladie de Parkinson lorsqu'ils étaient non fumeurs alors que les fumeurs en étaient exempts. La corrélation ne mériterait pas de dépasser l'ostracisme anti herbe à Nicot ?

    Françoise Dufay

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