Stratégie destinée à réduire la durée d’hospitalisation pour méningite aseptique chez le nourrisson

Avant l’âge de 3 mois, les méningites aseptiques (c’est à dire sans bactéries visibles à l’examen direct du LCR) sont traitées par antibiotiques, et par aciclovir en cas d’encéphalite associée, jusqu’à ce qu’elles soient « étiquetées » virales. Une recherche d’entérovirus non-poliomyélitiques par amplification génique (EV-PCR) dans le LCR permet d’écourter l’hospitalisation et l’antibiothérapie du patient, d’après une étude de cohorte rétrospective et monocentrique (1).

Dans un hôpital de Philadelphie (USA), 442 nourrissons de moins de 3 mois ont eu, hors méningite manifestement purulente ou herpétique, une EV-PCR dans le LCR, en période épidémique, de 2000 à 2006. Quarante-huit avaient présenté des convulsions, 6 des échocardiogrammes anormaux. L’EV-PCR était positive dans 35 % de tous les LCR (n=154), 50 % des LCR contenant ≥ 8 leucocytes/mm³ (n=123). L’analyse était terminée au laboratoire 24 heures après l’admission, et son résultat connu dans le service 27 heures après (valeurs médianes). L’hospitalisation a duré 3,65 jours (extrêmes 0 à 35 j), et l’antibiothérapie 1,7 jour (valeurs moyennes).

Dans un modèle d’analyse multivariée, la positivité de l’EV-PCR dans le LCR est associée à une diminution de 1,54 jours de la durée de séjour et à une réduction de 33 % de la durée de l’antibiothérapie. Savoir que la méningite est due à un entérovirus écourte donc le traitement et le séjour. Or, qui dit gain de temps d’hospitalisation dit gain tout court !
Quand le test est positif, la diminution de la durée de séjour dépend davantage du laboratoire que du service hospitalier. Une augmentation du délai d’analyse de 24 heures allonge l’hospitalisation de 13,6 % (IC à 95 %=5,4%-21,8%), alors que l’hypercytose du LCR n’a pas d’effet. Les auteurs réclament donc des séries quotidiennes d’EV-PCR, en période épidémique !

On peut se demander si, à l’inverse, une EV-PCR négative ne risque pas de retarder la sortie, le temps d’identifier l’agent infectieux, mais ce point n’est pas examiné dans l’article.

Les méningites à entérovirus ne sont pas rares chez le petit nourrisson, notamment en juin et en juillet, en France. Elles peuvent être associées à une encéphalite, ou à une myocardite, qui en font la gravité. Il est possible de détecter les entérovirus, de même que les herpes virus, dans le LCR, par biologie moléculaire. La positivité de l’EV-PCR confirme le diagnostic de méningite virale, et sa connaissance en cours d’hospitalisation, peut diminuer, à la fois, l’antibiothérapie et la durée de séjour.
Pour les hôpitaux, deux options sont à considérer : faire l’analyse sur place, avec un impératif de rapidité du résultat, ou envoyer l’examen à l’extérieur, dans un laboratoire de virologie. Chaque établissement choisira celle qui est la plus rentable pour lui.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
King RL et coll. : Routine cerebrospinal fluid enterovirus polymerase chain reaction testing reduces hospitalization and antibiotic use for infants 90 days of age or younger. Pediatrics 2007 ; 120 : 489-496

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