Sida : Roselyne Bachelot s’attaque à plusieurs tabous

Paris, le mardi 27 novembre 2007 – La présence de Roselyne Bachelot à la tête du ministère de la Santé pourrait se révéler comme l’une des principales « ruptures » du gouvernement entré en fonction en mai dernier. Alors que ses prédécesseurs avenue de Ségur semblaient principalement concentrés sur la question des dépenses de santé (qu’on se souvienne de la réforme de l’Assurance maladie de Philippe Douste-Blazy ou du médecin traitant de Xavier Bertrand), la sémillante Roselyne Bachelot paraît principalement s’attacher à faire entendre sa voix singulière en matière de santé publique. A la veille de la journée mondiale du Sida, elle a de nouveau démontré en présentant « les grandes orientations du ministère dans ce domaine pour 2008 », combien elle souhaite encore une fois jouer une carte quelque peu décalée par rapport à la prudence compassée traditionnellement observée par les élus UMP en la matière.

Tests rapides

La question de l’autorisation des tests de dépistage rapide est l’objet d’un immobilisme très français depuis plusieurs années. Les exhortations l’année dernière du Conseil national du Sida qui souhaitait voir « élargir (…) l’utilisation des test rapides sanguins » étaient restées lettre morte. Roselyne Bachelot a choisi de prendre de vitesse les différentes procédures de vérification qui sont en cours depuis de longs mois Elle a en effet indiqué ce lundi 26 novembre qu’une expérimentation avant « généralisation » de ces tests allait être lancée dès l’année prochaine. A la mi décembre, la direction générale de la santé présentera un protocole pour permettre à ces tests de voir le jour en France. Les bénéfices d’un accès facilité à ce type de tests pourraient être importants pour la communauté homosexuelle. Alors que le directeur de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), Gille Brüker souligne que « les jeunes gays ne se dépistent pas assez », le fondateur de l’association Act up indique pour sa part comme un espoir : « Dans les Etats des Etats-Unis où les tests rapides sont librement accessibles, l’épidémie baisse ».

Roselyne Bachelot à l’écoute des homosexuels

La seule député de droite à avoir voté en faveur du PACS a également profondément manifesté son soutien aux homosexuels. Alors que selon l’InVS, plus d’un homosexuel sur dix se déclare séropositif et tandis que le nombre de nouveaux diagnostics dans cette population est 70 fois plus élevé que dans la population générale, Roselyne Bachelot s’est déclarée « effrayée » par ces chiffres. Aussi, le ministre souhaite-t-elle qu’une nouvelle mobilisation à l’intention des homosexuels se fasse jour. Son discours a révélé une liberté d’esprit qui rompt avec les positions de certains députés UMP : « Il faut penser aux homosexuels et bisexuels à partenaires multiples dont les prises de risques, conscientes ou non, sont nombreuses. Je pense aussi aux transexuels dont l’image est trop souvent réduite à celle de la prostitution, et dont on connaît la vulnérabilité face à l’infection du VIH » a-t-elle déclaré. Ultime geste en direction de la communauté homosexuelle, le ministre de la Santé a annoncé qu’elle était favorable à de nouvelles réglementations sur le don du sang, afin que la population homosexuelle n’en soit plus systématiquement exclue.

Stabilisation de l’épidémie française

Les autres orientations présentées par le ministre ont notamment concerné la généralisation des préservatifs à 20 centimes d’euros et la présentation d’une campagne lancée le 1er décembre prochain et qui met en scène le Sida comme le « troisième partenaire ». Le slogan est simple : « Le VIH est toujours là. Protégez vous ». Au-delà des inquiétudes du ministre concernant la population homosexuelle (bien que les chiffres ne soient pas tous négatifs), les nouvelles sur le front de l’épidémie française sont encourageantes. Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire remarque dans son numéro du 27 novembre : « L’année 2006 est marquée par une diminution globale des nombres de découvertes de séropositivité et de diagnostics de sida (…) et une diminution, parmi les découvertes de séropositivité, de la proportion des dépistages tardifs, au stade sida ». L’une des meilleures nouvelles de cette année 2006 concerne notamment une baisse du « nombre de découvertes de séropositivité (…) depuis 2003 chez les femmes de nationalité étrangère et depuis 2005 chez les hommes de nationalité étrangère. Le nombre de découvertes de séropositivité a en revanche augmenté chez les homosexuels entre 2003 et 2005, puis s’est stabilisé en 2006 ».

A.H.

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