Prévention de la maladie veineuse thrombo-embolique : l’aspirine à faibles doses est peu efficace

L’aspirine à faibles doses, administrée pendant des périodes brèves, pourrait prévenir la maladie veineuse thrombo-embolique (MVTE) chez les malades à haut risque. C’est le cas  chez les patients qui ont subi une intervention chirurgicale, orthopédique notamment, ou encore chez ceux qui ont une maladie exposant à un risque thrombo-embolique élevé. Une méta-analyse qui a porté sur 62 essais randomisés plaide en faveur de cet effet bénéfique, tout comme une étude randomisée (Pulmonary Embolism Prevention) qui a inclus des patients atteints d’une fracture du col fémoral ou porteurs d’une arthroplastie totale de la hanche récente.

Cependant, d’autres études randomisées semblent bien indiquer que les héparines de bas poids moléculaire resteraient plus efficaces que l’aspirine dans ces situations cliniques. L’analyse secondaire des résultats d’une étude randomisée d’une durée de 10 ans donne son éclairage sur cette problématique.  Cet essai, mené à double insu contre placebo, a inclus 39 876 sujets de sexe féminin, âgées d’au moins 45 ans. Dans le groupe traité, une dose quotidienne de 100 mg/ jour a été administrée. Les taux sanguins de facteur V Leiden ont été systématiquement dosés et le polymorphisme G20210A de la prothrombine a été pris en compte.

Les accidents thrombo-emboliques à type de thrombose veineuse des membres inférieurs ou d’embolie pulmonaire ont été colligés, à la condition qu’ils soient survenus spontanément, ou  à l’occasion de facteurs favorisants : intervention ou traumatisme récents, cancer connu.
Les accidents en question ont concerné 482 femmes au cours du suivi, avec une fréquence supérieure à celle des infarctus du myocarde, et presque voisine de celle des accidents vasculaires cérébraux.

La fréquence de la MVTE a été globalement estimée à 1,18 pour 1000 sujets-années en cas d’exposition à l’aspirine (versus 1,25 dans le groupe placebo, soit un risque relatif de 0,95). Si l’on se limite aux formes spontanées de la MVTE, survenues sans facteur favorisant, le RR correspondant a été estimé à 0,90. Dans les groupes à haut risque, le RR a été estimé à 0,83, notamment en présence du facteur V Leiden, ou encore du polymorphisme G20210A de la prothrombine.

Cette analyse secondaire d’une étude randomisée suggère que l’aspirine à faibles doses, administré au long cours est peu efficace  dans la prévention de la MVTE chez les femmes en bonne santé apparente.

Dr Philippe Tellier

Référence
Glynn RJ et coll. : Effect of low-dose aspirin on the occurrence of venous thromboembolism. A randomized trial. Ann Int Med 2007; 147: 525-533.

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