L’hypothétique fin du système ALD n’est pas trop mal vue par certaines associations de patients

Paris, le mercredi 12 décembre 2007 – Les ordonnances bizones qui permettent de différencier ce qui relève de l’affection longue durée (ALD) d’un patient et ce qui n’y est pas associé, les protocoles d’entrée en ALD et les malades souhaitant savoir si leur pathologie permet d’obtenir une prise en charge à 100 % : tout cela existera-t-il encore demain ? Si la réponse ne tenait qu’à la Haute Autorité de Santé (HAS), à la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) et même à certaines associations de patients, la réponse serait sans doute plutôt négative. Nous avons en effet rapidement évoqué hier l’avis rendu par la Haute Autorité de Santé (HAS) concernant le système actuel de prise en charge des ALD. Le dispositif, qui existe aujourd’hui et qui pourrait être menacé « d’explosion » en 2015 puisqu’il concernera 12 millions de patients (contre 7,4 millions en 2007) et 70 % des remboursements, est jugé « inadapté » par l’institution. Le fait de poursuivre à la fois un objectif social, à travers la prise en charge des dépenses de santé et médical grâce à l’établissement d’un protocole de soins ne pouvait qu’entraîner ce déséquilibre. Aussi, les experts de la HAS proposent-ils au gouvernement trois pistes de réforme. Au-delà d’un premier scénario sans réelles incidences, le deuxième schéma rappelle notamment la nécessité de supprimer de la liste des ALD certaines maladies. « Le fait est qu’il n’y a plus guère de justification autre qu’historique à maintenir dans la liste certaines affections » assure la HAS, qui évoque la lèpre, la bilharziose compliquée et même la tuberculose. Pour ces trois pathologies, si une prise en charge à 100 % était nécessaire pour certains patients défavorisés, elle pourrait l’être au titre des ALD dites « hors liste ». C’est également dans le cadre d’une refonte partielle du système, que la HAS préconise que l’hypertension artérielle ne soit plus considérée comme une ALD, puisqu’il « ne s’agit pas d’une maladie au sens strict ». Mais, on le sait, le scénario qui a la préférence de la HAS verrait une réforme profonde du dispositif ou « le volet social » ne serait plus confondu avec le « volet médical ». Plus précisément, les experts estiment que « le volet social devrait reposer sur une mesure objective des coûts supportés par l’assuré. Il ne devrait pas faire intervenir des critères de nature médicale. Le « bouclier sanitaire » - dont le champ serait au demeurant plus large que les ALD – répondrait à cet objectif ». Cette solution permettrait de répondre aux nombreuses critiques du système actuel, quant à son injustice.

CSMF et CISS presque sur la même ligne

Sentant sans doute le caractère particulièrement périlleux d’une telle réforme et ayant déjà souligné le caractère complexe de la mise en place d’un bouclier sanitaire, le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a préféré rappeler dans un communiqué publié ce 10 décembre que « toute décision en ce domaine doit être réfléchie et concertée ». La réflexion avec les différents acteurs concernés pourrait cependant s’ouvrir dès 2008. Si elle choisissait de suivre le « scénario » privilégié par la HAS, le ministre pourrait s’assurer le soutien de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Par la voix de son président Michel Chassang, l’organisation a considéré que la piste dessinée par la Haute autorité était « très intéressante ». De façon plus surprenante, l’adhésion du Collectif d’associations d’usagers de la santé (CISS) semble également acquise. Christian Saout, son président, a en effet admis : « Avec les critères tels qu’ils sont aujourd’hui, on va arriver à 12 millions de personnes en ALD rapidement (…). On n’aura pas les moyens de financer ça. L’assurance maladie a été crée pour les cas aigus (…). L’explosion des maladies chroniques rend nécessaire la recherche de solutions innovantes », a-t-il expliqué, cité par l’AFP. Aussi, favorable à un bouclier sanitaire, il a cependant rappelé que sa mise en place exigeait un meilleur encadrement des « dépassements d’honoraires ».

Quand on ne paye pas, on se soigne mieux

Il est pourtant des voix pour remarquer que les logiques sociales et économiques ne sont pas toujours étrangères aux impératifs médicaux. Telle est en effet l’analyse du docteur Christian Lehmann ou encore de l’association Act up, qui soutient les séropositifs. S’exprimant au nom de l’organisation, Fabien Giraudeau a ainsi affirmé : « C’est important quand on a une affection qui peut devenir grave ou chronique d’être pris en charge à 100 % tout de suite, car ça vous encourage à vous prendre en charge. Même si les symptômes ne sont pas encore apparus, au moindre mal de tête, vous irez voir un médecin. Vous allez aussi faire très régulièrement vos analyses, vous allez être plus observant, si vous ne payez rien » a-t-il encore ajouté. L’association comme Christian Lehmann jugent en outre qu’il est plus judicieux économiquement de prendre en charge à 100 % des patients dès le diagnostic de la maladie plutôt que de risquer d’avoir à rembourser de fortes dépenses en cas de complications.

A.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article