Trouble phobique ou trait de personnalité, ce serait une affaire d’environnement

L’American Journal of Psychiatry s’intéresse aux rapports entre troubles phobiques et traits de la personnalité, à travers deux études récentes (Bienvenu et al. et Reichborn-Kjennerud et al.) où les chercheurs espèraient déceler l’implication de mécanismes génétiques, en enquêtant auprès des jumeaux (‘‘twin study methodology’’).

D’après les résultats obtenus, certains troubles anxieux et traits de la personnalité pourraient, selon la métaphore en Janus de l’auteur, s’apparenter « aux deux faces d’une même pièce ». Cette question se pose car la coexistence fréquente de troubles phobiques (telles les phobies sociales) et de la personnalité (comme l’introversion) incitent parfois à juger ces distinctions diagnostiques assez arbitraires, d’autant plus que la nécessité de repenser la nosographie psychiatrique s’impose, à l’horizon du prochain DSM-V. L’auteur est tenté d’appliquer à ce débat une formule déjà employée auparavant par Kendler et al. à propos des liens entre dépression et angoisse : ‘‘same genes, different environments’’ (mêmes substrats génétiques, environnements distincts). Les données disponibles suggèrent que les gènes sous-tendant les phobies sociales et les conduites d’évitement (‘‘avoidant personality disorder’’) sont sensiblement identiques, leur expression dans un sens ou dans l’autre dépendant alors des facteurs d’environnement.

On doit donc s’interroger : puisque des facteurs génétiques semblent « transcender les frontières du DSM-IV », faudrait-il redéfinir ces contours nosographiques, en particulier pour les troubles anxieux ? Au minimum, estime l’auteur, notre approche de la pathologie anxieuse doit intégrer cette dimension génétique, parallèlement aux apports grandissants des neurosciences (comme la neuro-imagerie). Et cette perspective se dessine : esquisser, en psychiatrie, une nosographie basée non plus sur de simples catégories descriptives (par exemple « l’arachnophobie, ou phobie des araignées »), mais se rapprochant davantage des mécanismes physiopathologiques.

Dr Alain Cohen

Référence
Smoller JW : « Genetic boundary violations : phobic disorders and personality » Am J Psychiatry 2007 ; 164 : 1631-1633.

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