Diabète : gras, le coeur aussi ?

L’épidémie d’obésité qui sévit dans de nombreux pays du globe s’accompagne d’une augmentation parallèle de la prévalence du diabète de type 2, avec en corollaire un impact majeur sur la mortalité, la morbidité et le handicap. Le risque d’insuffisance cardiaque au cours de cette maladie métabolique est bien plus élevé qu’avec les facteurs de risque classiques que sont l’hypertension artérielle et même la maladie coronaire. Les altérations du métabolisme des divers substrats utilisés par le cœur pourraient contribuer au dysfonctionnement cardiaque observé au cours du diabète de type 2.

Le rôle joué par la diminution de l’oxydation du glucose et la stimulation du métabolisme des acides gras ne semble pas négligeable, au travers notamment d’un stockage excessif des lipides au sein des cardiomyocytes qui n’en demandent pas tant. Il se pourrait en effet que la captation des acides gras par ces cellules puisse dépasser les capacités oxydantes des mitochondries, au point qu’une stéatose cardiaque pourrait intervenir, comme le suggèrent les études expérimentales réalisées chez les rongeurs. L’extrapolation à l’homme n’est pas chose aisée, d’autant que la stéatose en question peut être la cause… ou la conséquence de l’insuffisance cardiaque elle-même.

Certes, l’étude anatomopathologique du cœur des diabétiques qui ont subi une transplantation cardiaque révèle des lésions de stéatose, mais cette donnée intéressante renvoie à la remarque précédente. Il faudrait démontrer que la stéatose précède la cardiomyopathie au cours du diabète, ce qui suppose des études longitudinales de longue durée, en recourant à une technique capable de quantifier le contenu lipidique du muscle cardiaque. A défaut, il faudra, pour l’instant, se contenter des résultats d’une étude transversale de type cas-témoins dans laquelle ont été inclus 134 participants (âge moyen, 45+/-12 ans), classés dans 4 groupes : 1) les minces avec une glycorégulation normale ; 2) les obèses sans troubles de la glycorégulation ; 3) les sujets atteints d’une diminution de la tolérance glucidique ; 4) les malades atteints d’un diabète de type 2.

La spectroscopie RMN du proton a été utilisée pour quantifier le contenu myocardique en triglycérides, et l’IRM pour évaluer la fonction ventriculaire gauche. La comparaison intergroupe a montré que, par rapport aux témoins du groupe 1, le contenu myocardique en triglycérides était 2,3 plus élevé dans le groupe 3, versus 2,1 dans le groupe 4 (p<0,05). La fraction d’éjection du ventricule gauche s’est avérée normale dans les 4 groupes.

Ces résultats suggèrent que, dans l’espèce humaine, les troubles de la tolérance glucidique pourraient s’accompagner d’une stéatose cardiaque. Celle-ci pourrait précéder l’installation d’un diabète de type 2  et d’un dysfonctionnement ventriculaire gauche. Cette hypothèse intéressante mérite d’être étudiée de manière longitudinale, sur des effectifs plus importants, cela va sans dire.

Dr Philippe Tellier

Référence
McGavock JM et coll. : Cardiac steatosis in diabetes mellitus. A 1H-magnetic resonance spectroscopy study. Circulation 2007 ; 116 : 1170-1175.

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