Le bévacizumab prolonge la survie sans progression dans le cancer du rein métastasé

Les possibilités thérapeutiques dans le cancer du rein métastasé se sont multipliées ces dernières années. Alors que cette tumeur est hautement résistante aux chimiothérapies conventionnelles, elle est susceptible de répondre (dans moins de 20 % des cas cependant) à des traitements par interféron et/ou interleukine 2. Plus récemment, deux inhibiteurs de la tyrosine kinase, le sorafénib et le sunitinib ont démontré leur efficacité (relative) en deuxième ligne après échec de l’interféron ou de l’interleukine 2. Cette année, deux essais réalisés en première intention ont révélé la supériorité sur l’interféron du sunitinib (prolongation de la survie sans récidive de 5 à 11 mois) et du temsirolimus (amélioration significative de la survie chez des patients à mauvais pronostic).

Une autre voie de recherche prometteuse consiste à se servir de molécules inhibant l’angiogenèse tumorale en agissant sur le vascular endothelial growth factor (VEGF). Le bévacizumab est un anticorps monoclonal humanisé inhibant le VEGF. Il a déjà montré son intérêt comparé à un placebo dans des études de phase II, en première ou en deuxième ligne.

L’étude AROVEN, conduite par Bernard Escudier, est un essai multicentrique international randomisé en double insu de phase III destiné à comparer, chez des patients souffrant d’un cancer rénal au stade IV n’ayant pas reçu de traitement (en dehors d’une néphrectomie totale ou partielle), un protocole associant interféron alpha-2a (9 MUI trois fois par semaine en sous cutané) et bévacizumab (10 mg/kg toutes les 2 semaines par voie intraveineuse) à l’interféron seul (associé à un placebo) (1). 

649 patients ont été inclus dans l’étude entre juin 2004 et octobre 2005 et suivis jusqu’au 8 septembre 2006 (date de la levée du double insu).

Une survie sans progression passant de 5,4 mois à 10,2 mois

Les résultats ont été jugés sur la survie sans progression (et non sur la survie globale comme prévue initialement car la possibilité pour les patients du groupe placebo 
en échec thérapeutique de recevoir un des nouveaux traitements de seconde ligne aurait rendu délicate une interprétation sur ce critère). Il faut préciser que la survie sans progression a été évaluée par les investigateurs eux-mêmes et non par des observateurs indépendants.  

Globalement, durant la période de surveillance, sur les 325 patients du groupe bévacizumab-interféron, 230 ont vu leur maladie progresser contre 275 sur les 316 du groupe interféron-placebo. A la date de la levée du double insu, 114 patients étaient décédés dans le groupe bévacizumab contre 137 dans le groupe interféron seul. Dans ces deux groupes, les durées médianes de survie sans progression de la maladie étaient respectivement de 10,2 et de 5,4 mois (p=0,0001).

Dans le détail, cet avantage conféré par le bévacizumab a été constaté quel que soit le niveau de risque initial. De plus les taux de réponses tumorales ont été également significativement plus élevés avec le bévacizumab (30 % de réponse partielle et 1 % de réponse complète contre respectivement 11 % et 2 % sous interféron plus placebo). Lorsque la surveillance aura été plus longue, il sera intéressant de savoir si des survies sans progression très prolongées sont possibles avec ce protocole.  

En terme de tolérance, cette étude confirme les résultats des essais de phase II avec une plus grande fréquence des effets secondaires graves dans le groupe bévacizumab (29 %) que sous interféron seul (16 %). Les événements les plus graves observés avec l’anticorps monoclonal ont été des perforations digestives, des accidents thrombo-emboliques, une hypertension artérielle ou une protéinurie. Trois décès ont semblé imputables au bévacizumab.

L’association bévacizumab-interféron semble donc, au vu de cet essai, une alternative à envisager en première intention dans le cancer du rein métastasé. De nouvelles études comparant cet anticorps monoclonal (seul ou associé à l’interféron) aux autres nouveaux traitements possibles (sorafénib, sunitinib temsirolimus) sont souhaitables pour préciser sa place dans l’arsenal thérapeutique, en première ou en deuxième ligne, seul ou associé à d’autres anti-tumoraux (2).

Cependant, au vu des résultats en fait relativement modestes obtenus avec les 4 médicaments testés actuellement, des recherches sur de nouvelles molécules paraissent également indispensables.

Dr Céline Dupin

Références
1) Escudier B et coll. : Bevacizumab plus interferon alfa-2a for treatment of metastatic renal cell carcinoma : a randomised, double-blind phase III trial. Lancet 2007; 370: 2103-11.
2) Motzer R et coll.: Targeted drugs for metastatic renal cell carcinoma. Lancet 2007; 370: 2071-2073.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article