Du gène à la schizophrénie, via la cognition ?

« Des gènes aux maladies mentales, en passant par des dysfonctionnements cognitifs » : cette métaphore ferroviaire ou aéronautique peut résumer la philosophie générale d’une vaste étude britannique sur la convergence significative (substantial genetic overlap) entre certains processus cognitifs et la schizophrénie. Publiée dans Archives of General Psychiatry, elle illustre de façon exemplaire deux directions récurrentes de la recherche contemporaine en neuropsychiatrie : concevoir des études en les documentant sur des jumeaux (monozygotes ou dizygotes) ; et explorer les liens sous-jacents entre la schizophrénie et des déficits neurocognitifs comme la mémoire de travail ou l’approche perceptive et conceptuelle, telle qu’on peut l’apprécier notamment dans les fameux tests de Quotient Intellectuel (QI).

Ces dysfonctionnements cognitifs représentent actuellement les indicateurs « les plus prometteurs » pour cerner un risque accru de schizophrénie, mais on ignore encore dans quelle mesure ils se trouveraient corrélés génétiquement à cette pathologie. Espérant détecter des gènes de susceptibilité aux troubles complexes comme la schizophrénie, dans ses formes à haut comme à bas niveau de QI, ces recherches s’appuient ainsi sur une méthodologie éprouvée (l’étude des jumeaux) pour accréditer un éventuel statut de marqueur génétique lorsqu’un phénotype semble relever simultanément de l’hérédité et d’une corrélation avec la schizophrénie.

Mais ces travaux ambitieux s’avèrent d’autant plus difficiles à mener (puis surtout à interpréter) que divers éléments de l’environnement (eux aussi largement méconnus) peuvent en outre interférer avec ces (probables ?) facteurs génétiques. S’il n’est donc pas encore acquis avec certitude que des gènes précis déterminent spécifiquement la schizophrénie, par le truchement de processus cognitifs comme l’intelligence ou la mémoire de travail, les auteurs estiment que ce type d’étude contrôlée constitue cependant « une première étape pour dévoiler ces interrelations ».

Dr Alain Cohen

Référence
Toulopoulou T et coll. : Substantial genetic overlap between neurocognition and schizophrenia. Arch Gen Psychiatry. 2007 ; 64 (12) : 1348-1355.

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