Mucoviscidose : quelle irradiation des patients ?

La mucoviscidose est une maladie génétique qui atteint les poumons, siège d’inflammation et d’infections chroniques. Ces lésions mutilantes sont partiellement visibles sur les radios de thorax standard, et bien mieux précisées par scanner. Cependant, le coût du scanner est plus élevé que celui de la radio, et le bénéfice individuel qu’en retire le patient n’est pas clairement établi. De plus, le scanner expose des patients, parfois très jeunes, à des doses d’irradiation pouvant être élevées (radiographie simple : de 0,015 à 0,15 mSv et scanner : de 4 à 10 mSv, note personnelle). De plus, vu l’allongement de l’espérance de vie au cours de la mucoviscidose, on peut penser que la dose efficace (ED) cumulée reçue au cours de la vie d’un patient va augmenter.
Cette enquête rétrospective réaliste a tenté d’évaluer l’irradiation associée aux scanners pratiqués en routine dans une cohorte de patient suivis dans un centre spécialisé en mucoviscidose.
 
Les dossiers de 278 patients suivis depuis 25 ans dans ce service de Montpellier ont été étudiés. Ont été retenus 80 patients (nés entre 1968 et 2004) porteurs d’une maladie typique et n’ayant pas déménagé au cours du suivi, jusqu’à la date de fin d’inclusion en mars 2004. Aucun patient n’avait participé à des protocoles imposant des scanners.

Etaient répertoriées les zones anatomiques explorées, les constantes électriques des machines, l’épaisseur des coupes, leur espacement et la durée d’exposition. L’ED reçue et les doses par organe ont été calculées à l’aide du logiciel Impactscan.

Résultats : à l’âge de 30 ans, le taux de survie était de 85,1 %, l’âge moyen à la clôture des inclusions était de 14,6 ans, l’âge moyen lors du 1er scanner était de 6,6 ans (0,15 à 35 ans) et le suivi médian après ce premier scanner était de 2,5 ans (0,1 à 21 ans). Les images ont été saisies avec 5 appareils de scanner différents, avec une moyenne de 33 coupes par examen, d’une durée de 1,6 sec par coupe. L’ED moyenne par examen était de 6,5 mSv (1,5 à 29,3 mSv). Les doses maximales étaient reçues par les seins et les poumons (puis par la moelle et la thyroïde) avec de vastes intervalles dosimétriques. Dans 16 % des cas, les seins ou les poumons ont reçu plus de 25 mGy.

Les facteurs influençant l’ED ont été analysés. L’âge du patient n’avait pas d’impact, mais le type de scanner modifiait l’ED, ainsi que le nombre de coupes. Au total, 269 scanners ont été pratiqués chez 79 patients, dont 249 scanners thoraciques et 16 sinusiens.

Les patients ont bénéficié en moyenne de 3,2 scanners. La dose moyenne cumulée reçue était de 19,5 mSv (2,2 à 75,8 mSv), de 56 mSv pour les poumons (5,8 à 221,5 mSv) et de 52,3 mSv pour les seins (0,7 à 199,9mSv).

A noter une évolution dans la pratique médicale au cours des dernières années, en particulier en ce qui concerne l’âge de prescription du premier scanner : à 20 ans pour les plus anciens patients et à 2 ans pour les nouveaux.

Cette étude est l’une des premières études cliniques à chiffrer les radiations ionisantes reçues par une cohorte de patients dans des conditions de routine et à analyser les facteurs ayant influencé ces doses. Le nombre de coupes pratiquées et le type d’équipement radiologique utilisé sont des facteurs influençant cette valeur. Ainsi, les nouvelles caméras irradient plus les patients que les anciennes.

La durée de vie des patients a bien sûr aussi une influence sur la dose totale reçue, et l’âge du premier scanner est beaucoup plus précoce, mais l’intervalle entre deux scanners est resté stable dans cette étude, en dehors de toute contrainte de protocole. Si le premier scanner est pratiqué à l’âge de 2,5 ans, et renouvelé tous les 2 ans avec une ED de 6 mSv, la dose cumulée à 30 ans sera de 84 mSv, avec 252 mGy sur les poumons, 224 mGy sur les seins, et 49 mGy pour la thyroïde ; ce qui n’est pas négligeable (sans atteindre les limites dangereuses).

Il faut donc être attentifs à ce suivi radiologique et dosimétrique dans le contexte de ces maladies chroniques débutant dans l’enfance, et les mesures préconisées actuellement par des centres radiologiques doivent être suivies.

Dr Isabelle Herry

Référence
Donadieu et coll. : Estimation of the radiation dose from thoracic CT scans in a cystic fibrosis population. Chest 2007 ; 132 : 1233-1238.

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Vos réactions (1)

  • "Mucoviscidose : quelle irradiation des patients ?"

    Le 28 décembre 2007

    Ainsi, les nouvelles caméras irradient plus les patients que les anciennes.
    Pour les scanners ont ne parle pas de "caméras" !!!
    Les cameras concernent la médecine nucleaire. Pour les scanners Il y a un tube qui emet les rayons X et des detecteurs.

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