Grossesse et maladie bipolaire : l’arrêt des anti-dépresseurs est peut-être plus nuisible que leur poursuite

L’American Journal of Psychiatry s’intéresse aux relations entre troubles thymiques et grossesse. Plusieurs études ont montré que le post-partum tend souvent à augmenter le risque de rechute chez les femmes maniaco-dépressives, surtout quand la grossesse ou l’allaitement suscitent l’arrêt du traitement antidépresseur, par crainte légitime, documentée par la connaissance d’effets indésirables, ou par simple « principe de précaution », plus discutable dans la balance bénéfice/ risques à considérer. Mais faute de données précises sur le caractère tératogène (réel ou redouté) de certains médicaments, le praticien se trouve confronté à une décision délicate, voire à un dilemme, pour conseiller le maintien ou la reprise du traitement normothymique.

Les travaux évoqués (notamment l’étude prospective de Viguera et coll.) confirment que la probabilité de récidive maniaco-dépressive augmente avec l’interruption brutale du traitement. C’est pourquoi les grossesses non planifiées (où l’arrêt ou le changement de traitement sont en général plus abrupts) occasionnent davantage de rechutes dysthymiques que les naissances programmées. Les effets nocifs des médicaments sur le fœtus y sont aussi plus marqués (par exemple un impact sur le tube neural ou des malformations cardiovasculaires comme l’anomalie d’Ebstein, une insuffisance tricuspide congénitale), car ils intéressent surtout le premier trimestre de la grossesse. Parfois même avant sa reconnaissance par la future mère.

En l’absence de diagnostic précoce de grossesse, comme en cas de maternité « imprévue », un arrêt brutal du traitement antidépresseur offre donc peu de bénéfices en matière de protection fœtale, puisque les effets tératogènes auront déjà eu la possibilité de se manifester, le cas échéant. En revanche, un brusque sevrage médicamenteux accroît le risque de récidive dysthymique chez la mère. L’auteur conseille donc d’inclure ce thème de la grossesse (planifiée ou non) dans l’information à une patiente maniaco-dépressive en période d’activité génitale. Sans masquer le risque de refuser tout traitement, sous prétexte de grossesse, à une patiente cyclothymique. 

Dr Alain Cohen

Référence
Freeman MP : Bipolar disorder and pregnancy : risks revealed. Am J Psychiatry 2007 ; 164 : 1771-1773.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article