Allergies associées au piercing et au tatouage : rapport du réseau d’allergosurveillance du CICBAA

Le piercing et le tatouage augmentent constamment dans les pays occidentaux. En plus des risques infectieux locaux et des complications tardives (endocardites, ostéomyélites, voire septicémies ou transmission d’hépatite C) et des risques cutanés (nécroses, chéloïdes inesthétiques), sont décrites des réactions allergiques.

Méthodes

Cette enquête a été réalisée du 4 au 22 décembre 2006 par le réseau d’allergovigilance du CICBAA (Cercle d’investigations cliniques et biologiques en
allergie alimentaire) associant la participation de 138 allergologues qui ont répondu à 2 types de questionnaire, l’un concernant le piercing, l’autre le tatouage.

Résultats

Sur les 138 réponses, 32 ont été positives à une et/ou plusieurs questions. Sur les 138 allergologues, 7,9 % rapportent des réactions allergiques liées au piercing et au tatouage et 18,9 % ont identifié une allergie au « henné » contenu dans les agents colorants servant au tatouage.Les réactions allergiques au piercing
Aux 11 praticiens qui ont décrit 26 cas, il faut rajouter plus de 10 cas rapportés par un allergologue belge et de très nombreux autres cas par un allergologue français. Dans la plupart des cas, la réaction concernait une seule localisation, en particulier l’aile du nez et plus rarement les paupières, l’oreille, les lèvres et l’ombilic. Aucune réaction au piercing génital n’a été rapportée.
Les manifestations cliniques allaient principalement de l’eczéma de contact à 3 cas de rhinite, 2 d’urticaire et 1 cas de réaction tardive d’eczéma chez un patient qui tenait une boite métallique après la période suivant le piercing. Dans 13 cas sur 26, l’allergie était liée au nickel, prouvée par des patch-tests cutanés. L’éviction du nickel a été suivie d’amélioration. Les rhinites étaient allergiques au nickel et dans un cas il y a eu récidive par un nouveau contact avec un nouvau piercing.

Réactions allergiques au tatouage

Un total de 26 praticiens rapportent 74 réactions dues au tatouage. Dans tous les cas, sauf un, les tatouages contenaient du henné et étaient
appliqués sur moins de 10 % du corps. Les lésions étaient localisées aux joues, aux membres supérieurs, aux épaules, à la région lombo-sacrée et aux chevilles. Dans la majorité des cas, il s’agissait d’eczéma de contact avec, dans un cas, un œdème du visage. Un prurit local ou généralisé a été constaté 2 fois, et associé dans un cas à une réaction inflammatoire chronique ayant nécessité une corticothérapie locale pendant plusieurs mois.
Les patch-tests étaient positifs à la paraphénylènediamine (PPD) dans 20 cas sur 28. Chez les autres patients, on relevait isolément des sensibilisations à d’autres colorants : tatouage avec une teinture orange ou verte, celle-ci liée à une allergie au chrome.

Commentaires

Ce phénomène de société envahit les pays occidentaux et est à l’origine, non seulement de risques graves infectieux pouvant aller jusqu’à une ostéomyélite, une endocardite, voire une hépatite C, sans compter les accidents cutanés inesthétiques et séquellaires à type de nécroses cutanées et de
chéloïdes. Bien que déjà décrites, les manifestations allergiques sont significativement plus fréquentes, surtout celles à type d’eczéma de contact, plus rarement de rhinite, liés au nickel pour les piercing et aux teintures pour les tatouages (dont le henné), en rapport avec la PPD surtout et parfois le chrome.
Les traitements se font par infiltration de corticoïdes à l’aide de laser pour les piercing et d’exérèse pour les tatouages. 

Dr A.Sabbah, Pasteur Ciba, Saint ouen-L'aumone

Références
Dron P et al. Allergies associated with body piercing and tattoos:
a report of the allergy vigilance network. Eur Ann Allerg Clin Immunol 2007 ; 39 (6) : 189-92.

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