Petit joint le matin, cirrhose dans le lointain

Les complications de l’hépatite chronique virale C (VHC) sont principalement liées au développement de la fibrose hépatique, et la capacité du cannabis à aggraver le développement de cette fibrose chez les patients infectés par le VHC reste un sujet débattu.

Pour répondre à cette question, cette équipe de San Francisco a utilisé les données de base d’une étude de cohorte prospective de 204 patients, infectés par le VHC.
Le critère de jugement était la fibrose hépatique, évaluée sur la biopsie hépatique, et le premier facteur évalué en tant que facteur prédictif potentiel était la consommation quotidienne de cannabis.
L’âge médian d’entrée dans la cohorte était de 46,8 ans, 69,1 % des sujets étaient des hommes, 49,0 % étaient blancs et le mode de contamination présumé correspondait à une toxicomanie dans 70,1 % des cas.
La durée médiane de consommation d’alcool et la quantité moyenne consommée étaient de 29,1 années et 1,94 verre par jour, respectivement.
La fréquence de consommation de cannabis lors des 12 mois précédant l’entrée dans la cohorte était de 13,7 % pour une consommation quotidienne, 45,1 % pour une consommation occasionnelle et 41,2 % des sujets ne consommaient jamais de cannabis.
Le score de fibrose évalué par la méthode d’Ishak, était F0, F1–2, et F3–6 chez 27,5 %, 55,4 %, et 17,2 % des sujets respectivement.

La consommation quotidienne de cannabis, par rapport à une consommation plus occasionnelle, a été associée à un risque accru de développer une fibrose modérée à sévère (F3–6 vs F1–2), retrouvé aussi bien lors de l’analyse univariée (OR, 3,21; IC95 % : 1,20–8,56, p = 0,020) qu’en analyse multivariée (OR, 6,78; IC95 %, 1,89–24,31, p = 0,003).

Les autres facteurs prédictifs du développement d’une fibrose modérée à sévère étaient : la présence de plus de 11 espaces porte sur la biopsie (OR, 6,92 ; IC95 % : 1,34–35,7, p = 0,021, comparativement aux biopsies n’ayant permis l’analyse que de 5 espaces porte, ce qui souligne simplement la difficulté d’analyser une biopsie hépatique de mauvaise qualité) et la durée d’une consommation modérée à importante d’alcool (OR par décennie, 1.72 ; IC95 % : 1,02–2,90, p = 0,044).

Cette étude suggère donc que la consommation de cannabis serait fortement associée au développement de la fibrose hépatique chez les patients infectés par le virus de l’hépatite C.

Ces patients doivent recevoir des conseils appuyés pour cesser, ou réduire au maximum, leur consommation de cannabis.

Pr Marc Bardou

Référence
Ishida J et coll. : Influence of Cannabis Use on Severity of Hepatitis C Disease. Clin. Gatroenterol. Hepatol. 2008 ; 6 : 69-75

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