Irrespect total des règles dans cinq cabinets de radiologie du Nord : près de 7 000 patients pourraient être rappelés

Paris, le mercredi 23 janvier 2008 - « Si les chiffres que vous m’annoncez sont exacts, il s’agit du rappel de patients le plus important jamais effectué en France pour des cabinets de ville » observait, interrogé par l’Express, le président de la Mission d’information pour la sécurité des soins, Alain-Michel Ceretti. Les chiffres que l’hebdomadaire a été le premier à révéler sur son site internet semblent en effet fondés et sont confirmés par le ministère de la Santé ce mercredi 23 janvier : une grande partie des 6 791 patients ayant fréquenté cinq cabinets de l’Aisne et du Nord en 2006 et 2007 pourrait être rappelée. De graves dysfonctionnements ont en effet été constatés dans ces cabinets d’Hirson, d’Anzin, de Fourmies, d’Hautmont et de Wattignies, fermés depuis la mi-décembre.

Manquements graves et divers

Tout paraît avoir commencé en novembre dernier quand des employés de ces cinq cabinets dirigés par le même médecin, aujourd’hui suspendu, dénoncent de nombreuses irrégularités. Les enquêtes immédiatement conduites par les services du ministère de la Santé et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) confirment les déclarations des salariés. Dans une note publiée le 12 décembre, l’ASN évoque notamment « la réalisation de clichés par du personnel non qualifié », « l’absence de déclaration de certaines installations radiologiques », « la non réalisation des contrôles réglementaires périodiques de radioprotection », « un aménagement des locaux non conforme à la réglementation (…) » et « le défaut de surveillance médical (…) du personnel ayant participé à la réalisation des clichés ». Des manquements aux règles d’hygiène (désinfection des sondes d’échographie endopelvienne notamment) sont également observés. Dès lors, l’activité des cinq cabinets a été totalement interrompue.

Sur-exposition aux rayonnements peu probable ?

Aujourd’hui, le ministère de la Santé observe que trois types de risque menacent potentiellement les patients ayant fréquenté les cinq cabinets. D’une part, il n’écarte pas l’existence de « risque lié aux rayonnements délivrés aux patients et à la radioprotection des personnels ». Une nouvelle enquête a été confiée sur ce point à l’ASN, dont les résultats devraient être très prochainement connus. Cependant, ils pourraient se révéler rassurants si l’on en juge par les premières conclusions de l’institution. Dans leur note d’information du 12 décembre, les experts remarquaient en effet que « l’éventuelle surexposition des patients mais aussi du personnel qui a participé à la réalisation des clichés, du fait de la non-conformité de l’appareil [de mammographie situé à Haumont] est sans conséquence pour leur santé ».

Mammographies erronées

Des inquiétudes plus fondées concernent les erreurs de diagnostic ayant pu être induites par la mauvaise utilisation de cet appareil de mammographie et par l’irrespect des règles en vigueur concernant le dépistage du cancer du sein. En effet, le docteur Alsaïd, dirigeant des cinq cabinets, n’avait pas reçu l’agrément officiel pour participer à la campagne nationale de dépistage. De fait, il n’offrait pas à ses patientes la double lecture prévue par le programme officiel. Quelque 6 000 patientes pourraient être concernées, selon l’Express. L’expertise conduite par le professeur Pruvost (CHU de Lille) afin de déterminer le « risque de perte de chance lié à de mauvais diagnostics » confirme la nécessité d’informer « les patients ayant bénéficié, au moins sur la période 2006-2007, d’une mammographie ou d’une radiographie du thorax ainsi que leurs médecins traitants ». Ces derniers devront déterminer s’il est nécessaire « de prescrire à nouveau les examens ». Le ministre souligne que « le recensement des patients concernés est en cours d’achèvement ».

Désinfection : une relâche générale ?

Enfin, Bruno Coignard est chargé à l’Institut national de veille sanitaire (IVS) de se prononcer sur l’existence éventuelle de risques infectieux. Un rapport est attendu le 28 janvier, notamment par les 1 500 patients ayant passé dans ces cabinets une échographie vaginale ou rectale. Au-delà de la situation particulière de ces cinq établissements, le scandale met à jour l’inquiétude de certains spécialistes quant à un assouplissement des règles d’hygiène dans les établissements sanitaires. Alors que le Haut conseil de la santé publique vient récemment de recommander qu’entre deux patients bénéficiant d’une échographie ou d’une endoscopie, le matériel soit simplement nettoyé avec une lingette enduite de désinfectant, le docteur Pierre Allouch, chef du service d’hygiène du centre hospitalier de Versailles remarque pour l’Express : « Nous sommes passés d’un excès à l’autre. Avant la désinfection prenant une demi-heure, maintenant, elle peut être expédiée en dix secondes ».

Numéro vert

Soulignons enfin qu’une mission d’inspection concernant les cinq cabinets de radiologie du Nord et de l’Aisne a été confiée par Roselyne Bachelot à l’Inspection générale des affaires sociales. Elle sera notamment destinée à « analyser les éventuels dysfonctionnements du circuit d’information et de prise en charge du dépistage organisé du cancer du sein dans les départements de l’Aisne et du Nord ». Des précisions sur l’ensemble des expertises diligentées pourront être prochainement obtenues par les patients concernés grâce à un numéro vert qui devrait être mis en place dans les prochains jours.

A.H.

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Vos réactions (2)

  • "Irrespect total des règles dans cinq cabinets de radiologie du Nord : près de 7 000 patients pourraient être rappelés "

    Le 23 janvier 2008

    Comment un seul médecin peut-il posséder cinq cabinets de radiologie et y exercer lui seul?? Que fait l'Ordre ?
    Un de mes patrons hospitalier avait coutume de dire: "Le plein temps c'est bien à condition d'en avoir plusieurs", mais c'était une boutade...

    Dr Michel Clement 78400 Chatou

  • "Irrespect total des règles dans cinq cabinets de radiologie du Nord : près de 7 000 patients pourraient être rappelés "

    Le 28 janvier 2008

    Je suis surpris que l'ASN ait pu, comme le suggère l'article, constater des défauts d'asepsie et d'antisepsie; rappelons que les agents de l'ASN n'ont compétence qu'en matière de conformité des installations et de radioprotection du personnel; les éventuelles mauvaises procédures en ce qui concxerne l'hygiène sont du ressort de la DDASS.

    Dr Yves Darlas

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