Maman, suis-je gros ?

De nombreuses études suggèrent que l’obésité de l’enfant augmente le risque d’obésité à l’âge adulte, et que l’accroissement de ce risque est encore plus marqué si l’un des parents de l’enfant ou les deux sont eux-mêmes obèses. La prévention de l’obésité devrait donc débuter dès l’enfance et impliquer les parents, ce qui suppose une reconnaissance précoce par les parents de la surcharge pondérale ou de l’obésité de leur enfant. Or, plusieurs travaux récents laissent apparaître que les parents des enfants en surpoids ou obèses des pays industrialisés sous-estimeraient le statut pondéral de leur enfant, et que cette sous-estimation serait plutôt le fait des mères, et plus encore le fait des mères obèses. Mais les facteurs influençant ces sous-estimations ayant été peu explorés, des auteurs australiens ont cherché à préciser les facteurs prédictifs d’erreurs de classement maternelles du poids de leur enfant, à l’adolescence.

Ils ont examiné les données de 14 années de suivi mère-enfant d’une vaste cohorte de naissance. L’étude, prospective, menée à Brisbane, a inclus 2 650 enfants, dont 52 % de garçons, suivis à 3 à 5 jours, 6 mois, 5 ans et 14 ans. Ils ont analysé les erreurs des estimations maternelles du statut pondéral de ces 2 650 enfants, à l’âge de 14 ans, recensées en s’appuyant sur l’indice de masse corporelle (IMC) observé et la perception par la mère du poids de son enfant.

Quarante pour cent de mères dans l’erreur…

Les résultats montrent que 40 % des mères d’enfant en surpoids sous-estiment le poids de leur enfant, le percevant comme normal ou inférieur à la normale, et la sous-estimation est encore plus marquée lorsque l’enfant est un garçon. Quinze pour cent des mères d’enfant de poids normal considèrent que ce poids est insuffisant, « l’erreur » concernant là encore plus nettement les garçons que les filles. A l’inverse, près de la moitié des mères d’enfant ayant un poids inférieur à la normale trouvent que leur enfant a un poids correct.

L’analyse met en évidence des associations significatives entre les erreurs de classement maternelles et le sexe de l’enfant, l’insatisfaction de l’enfant vis-à-vis de son image corporelle, les mesures diététiques visant à perdre du poids, l’état de santé de l’enfant au cours de l’année écoulée, l’IMC de la mère.
En revanche, le niveau d’éducation maternel, l’ethnie, le changement de statut marital, les modifications des revenus, le statut tabagique, la consommation de fast-foods, le sport, le temps passé devant la télévision ne sont pas apparus significativement associés aux erreurs de classement maternelles du poids de leur enfant.

Les auteurs s’interrogent sur l’impact potentiel de la prévention de la surcharge pondérale et de l’obésité de l’enfant, de l’information et des mesures visant à promouvoir des habitudes alimentaires saines et une activité physique régulière. Que devient le soutien, fondamental, des parents si les mères, notamment, ne reconnaissent pas ou ne perçoivent pas que leur enfant en surpoids ou obèse a un excès pondéral ? Quels sont les risques potentiels pour l’enfant en termes d’image de soi, de troubles des comportements alimentaires, des erreurs de classement maternelles, par excès et par défaut, du statut pondéral réel de l’enfant, de l’adolescent ?

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Mamun AA et coll. : Predictors of maternal misclassifications of their offspring’s weight status : a longitudinal study. Int J Obes 2008 ; 32 : 48-54.

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