Le curage axillaire pour cancer du sein ne doit plus contre-indiquer une intervention chirurgicale sur la main

Le lymphœdème ou gros bras (GB) est une des complications les plus invalidantes après curage axillaire (CA) pour cancer du sein (KS), sa prévalence variant de 6 à 36 %. Il apparaît le plus souvent de façon retardée, en général dans les 5 ans qui suivent le CA. Si les facteurs favorisant son apparition (extension du CA, radiothérapie, sepsis, prise de poids) prêtent encore à controverse, son traitement est décevant. Ceci explique les multiples conseils préventifs dispensés aux patientes : éviter les prises de sang, de tension  artérielle, de travaux d’aiguille, et ...de chirurgie sur le membre ipsilatéral. Aussi les patientes porteuses d’un syndrome du canal carpien ou d’un pouce à ressort hésitent-elles à s’en faire soigner.

Cependant, ces interdits datent de 40 ans, au cours desquels la chirurgie du KS est devenue beaucoup moins radicale, et les CA moins étendus, voire évités quand la biopsie du ganglion sentinelle les rend inutiles. La contre-indication des interventions sur la main mérite alors d’être reconsidérée.

Les auteurs ont ainsi réalisé chez 27 femmes, présentant des antécédents de CA pour KS, diverses interventions portant sur la main ipsilatérale. Toutes ces interventions, sauf une, ont été réalisées sous anesthésie locorégionale et garrot pneumatique, sans antibioprophylaxie. Toutes les opérées sont rentrées chez elles le jour même sans autre instruction que de surélever la main et d’entreprendre une mobilisation précoce.

Deux patientes ayant été perdues de vue, les résultats portent sur 25 malades ; douze avaient été irradiées (11 après tumorectomie et une après mastectomie) et 4 présentaient un GB, dont un important. En revanche, aucune n’avait de récidive.

Les interventions les plus fréquemment pratiquées ont été la décompression du canal carpien (13 cas), et la ténotomie avec ténolyse du pouce à ressort (4 cas), mais toujours l’intervention a duré moins d’une heure et le temps de garrot pneumatique n’a jamais dépassé 38 mn.

Les complications ont été peu nombreuses : aggravation temporaire (2 mois) du lymphœdème chez 2 des 4 patientes ayant des antécédents de GB, et, chez les 21 autres, seulement une raideur articulaire digitale et un retard de cicatrisation, mais ni cellulite, ni lymphangite, ni abcès.

Toutes les patientes se sont dites satisfaites du résultat de leur intervention.

La chirurgie de la main ne doit plus être taboue après curage axillaire.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Hershko DD et SStahl. : Safety of elective hand surgery following axillary lymph node dissection for breast cancer. The Breast Journal 2007 ; 13 : 287-90.

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