Traitement du cancer du sein par anti-aromatase : comment prendre en charge les troubles sexuels ?

Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein, le traitement adjuvant au moyen des inhibiteurs de l’aromatase constitue un réel progrès. A l’origine d’une diminution de la biosynthèse des estrogènes, il sont toutefois responsables de troubles fonctionnels rappelant ceux induits par la ménopause naturelle : bouffées vasomotrices, mais aussi sécheresse et atrophie vaginales exposant aux vaginites et aux cystites. La dyspareunie est habituelle, en général associée à une baisse de la libido. Ces problèmes fréquents qui altèrent la qualité de vie peuvent actuellement être pris en charge par diverses interventions pharmacologiques et non pharmacologiques qui vont, sinon neutraliser, du moins atténuer les symptômes induits par les inhibiteurs de l’aromatase, tout au moins les plus gênants.

La complexité des dysfonctionnements sexuels observés chez la femme doit être néanmoins soulignée. Il faut tenter diverses approches, notamment psychosociales et psychologiques, qui peuvent être associés à une rééducation périnéale ou divers traitements symptomatiques, par exemple, les suppléments diététiques ou diverses vitamines, qui peuvent avoir leur efficacité.

Le cancer du sein est difficilement compatible avec le traitement hormonal substitutif (THS) administré par voie systémique, a fortiori quand il s’agit d’une forme hormonodépendante. La remarque vaut certes pour les estrogènes, mais aussi pour les androgènes ou la progestérone, en raison d’un risque iatrogène potentiel qui ne saurait être négligé. L’estrogénothérapie locale sous forme de gels ou de crèmes peut être utilisée sans grand risque, mais les traitements systémiques non hormonaux sont à privilégier, notamment en cas de troubles urologiques et génitaux. Les lubrifiants et les hydratants peuvent être employés au cours des rapports sexuels, en première intention, face à une sécheresse vaginale ou à une dyspareunie.

La sévérité des symptômes, notamment les bouffées vasomotrices, peut inciter à tenter le THS par voie systémique, mais d’un point de vue oncologique, cette solution tentante est difficile à envisager, à moins de l’accord ou de l’insistance d’une patiente bien informée sur le rapport bénéfice/risque de cette stratégie.

Dr Philippe Tellier

Référence
Derzko C et coll. : Management of sexual dysfunction in postmenopausal breast cancer patients taking adjuvant aromatase inhibitor therapy. Curr Oncol 2007; 14 (Suppl 1: S20-S40).

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