Exclusif : pas de franchises pour les patients en ALD, un souhait partagé par une majorité de professionnels de santé

Paris, le mardi 12 février 2008 – Bien que les patients ayant entamé une « grève des soins » pour dénoncer l’instauration des franchises médicales ne font plus la une des journaux depuis plusieurs semaines, les associations et syndicats opposés à cette mesure tentent toujours de mobiliser l’opinion. C’est ainsi que rencontrant le chef de l’Etat à l’Elysée, ce mercredi 6 février, les représentants de la CGT transportaient plusieurs cartons contenant quelque 250 000 pétitions signées pour demander le retrait des franchises médicales. Deux jours plus tard, c’était au tour du Collectif national contre les franchises de manifester à Paris, rue du Faubourg Saint Martin alors que se tenait la réunion des Etats généraux de la Santé, en présence du ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

Même les médecins n’hésitent pas à militer…

Alors que le parti socialiste avait appelé à défiler au côté des militants, les responsables du collectif n’ont pas uniquement évoqué cette dimension politique mais plus sûrement insisté sur le fait que plusieurs organisations représentant des praticiens et des professionnels de santé sont affiliées à leur groupe. On retrouve en effet parmi les opposants à la franchise, l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) ou encore le Syndicat des médecins inspecteurs de santé publique (SMISP), le Syndicat national des médecins de PMI (SNMPMI), l’Union confédérale des médecins salariés de France (UCMSF), l’Union syndicale des médecins de centre de santé (USMCS) et l’Union syndicale de la psychiatrie. La présence de ces organisations de praticiens témoigne de la frilosité d’une grande partie des professionnels de santé, face à ce système qui se révèle particulièrement lourd à supporter pour les patients atteints d’affection de longue durée (ALD). Non exonérés de franchises, même lorsqu’ils ne disposent pour vivre que d’un revenu très légèrement supérieur au seuil de la Couverture médicale universelle (CMU), ces patients ont vu leur situation difficile illustrée par plusieurs malades ayant décidé d’entamer au début du mois de janvier des grèves de soins.

… et les lecteurs du JIM ne cachent pas leur hostilité !

Au soutien de ces malades militants, s’ajoute également celui d’une majorité de professionnels de santé comme en témoignent les résultats du dernier sondage réalisé sur notre site. Interrogés du 21 janvier au 3 février, 62 % des professionnels de santé lecteurs du JIM ont en effet affirmé qu’ils seraient favorables à une exonération des franchises médicales pour tous les patients souffrant d’ALD. Un système qui, s’inspirant de l’idée d’un bouclier sanitaire, conduirait à affranchir les malades en ALD dont les revenus seraient inférieurs au SMIC ne séduit que 21 % des professionnels de santé ayant répondu à notre question. L’obligation pour tous les malades (hors CMU et situations très particulières) de payer cinquante centimes d’euros par boîte de médicaments et par acte paramédical et deux euros par transport sanitaire n’est finalement approuvée que par 16 % de nos visiteurs. Enfin, s’interrogeant peut-être sur la pertinence d’un seuil calculé en fonction du SMIC ou ne connaissant pas exactement les modalités de prise en charge par les mutuelles de ces franchises, 2 % des professionnels de santé ont jugé qu’ils ne pouvaient se prononcer sur cette question. Il apparaît donc que pour les médecins et les infirmières, l’idée que les franchises médicales puissent se révéler un outil de responsabilisation et la garantie de nouvelles recettes pour la Sécurité sociale, se heurte très fortement à la nécessité d’assurer aux patients les plus durablement affectés une accessibilité sans entrave à des soins de qualité.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Participation aux frais médicaux

    Le 18 février 2008

    Ayant une affection reconnue en "ALD" par le CPAM je suis offusquée de constater combien la prise en charge médicale se dévalorise. Il est inadmissible d'être contraints ainsi à la diminution du déficit de la Sécurité Sociale ! Alors que mon affection est reconnue depuis mon enfance, j'ai eu la chance de pouvoir vivre "comme tout individu bien portant" grace aux mesures d'hygiène et de soins journaliers qui m'ont été imposées. Mais depuis 3 ans je suis en invalidité, et je ne peux plus travailler. Mes revenus ont donc diminués et mes frais de soins augmentés. Pourais-je continuer à me soigner correctement ? Mystère... Ce qui me désole c'est la prise de décisions politiques applicables à tous les citoyens. Et cela pour ne pas imposer des enquêtes plus ciblées quant aux dépenses médicales. Je sais qu'il existe des abus. Mais tout le monde n'en profite pas. Je reste très pessimiste pour mon avenir et celui des autres.

    Michèle Tardieu

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