L’effet magique de l’interdiction de fumer dans les lieux publics

Paris, le lundi 25 février 2008 – Les artisans de la lutte contre le tabac en France montraient quelques signes d’inquiétude. La première phase de l’interdiction de fumer dans les lieux publics et sur les lieux de travail en France n’a en effet pas permis d’obtenir les résultats espérés en ce qui concerne notamment la vente de cigarettes. Le rapport remis au ministre de la Santé ce vendredi 23 février par le professeur Bertrand Dautzenberg, qui regroupe l’ensemble des « Indicateurs mensuels du tabagisme passif » recensés ces derniers mois, confirme cette étrange tendance. On peut en effet y lire : « Il n’existe pas de baisse de la consommation de tabac après l’interdiction de fumer dans les lieux publics et les lieux de travail ». Pourtant, l’Irlande et l’Italie avaient, pour leur part, immédiatement constaté une forte diminution de la vente et de la consommation de cigarettes et de tabac. Sans évoquer l’influence de l’immobilisme des prix, le rapport, rédigé par le professeur Bertrand Dautzenberg met en avant d’autres explications possibles. Il remarque ainsi que la consommation de tabac avait déjà connu une forte baisse en 2003 et 2004 et s’interroge sur le manque « de mesures d’accompagnement pour l’arrêt ».

Comment mesurer l’impact de la mesure sur la santé ?

La déception que suscite la stabilité du marché du tabac en France, en dépit des mesures d’interdiction, est cependant aujourd’hui totalement dissipée à la faveur des très bons résultats que montrent les « indicateurs mensuels du tabagisme passif » du mois de janvier 2008. Pour mesurer « les effets sur la santé liés à la fumée », les responsables de la veille sanitaire étudient quatre paramètres : le nombre d’admissions pour infarctus du myocarde avant 65 ans (réseau OSCOUR), le nombre d’admissions pour AVC avant 65 ans (réseau OSCOUR-INPES), le pourcentage de salariés présentant des symptômes bénins (OFT) et le pourcentage de salariés ayant consulté un médecin au cours des trente derniers jours (OFT). L’ensemble de ces paramètres offre des résultats particulièrement encourageants.

Diminution de 15 % du nombre d’infarctus !

Le réseau OSCOUR (surveillance sanitaire fondée sur les services d’urgence) met ainsi en évidence dès le mois de janvier 2008, au cours du premier mois d’interdiction de fumer dans les lieux de convivialité, une diminution du nombre d’infarctus chez les moins de 65 ans d’environ 15 %, par rapport à janvier 2007. La mission du professeur Dautzenberg remarque que ces résultats « très préliminaires » sont « à confirmer dans la durée ». Si l’influence des conditions climatiques très clémentes de ce début d’année n’est en effet pas à exclure, le pneumologue affirme qu’elle n’est très certainement pas seule en cause. Par ailleurs, il apparaît que « le taux moyen d’AVC en janvier est 12 % au dessous de la moyenne 2005-2006 ». Les auteurs signalent en outre qu’une tendance similaire s’observe au début du mois de février.

Les yeux retrouvent leur couleur naturelle !

Le rapport du professeur Dautzenberg met également en évidence une amélioration des symptômes bénins chez les salariés du secteur CHRD (cafés-hôtels-restaurants-discothèques). Ainsi, en janvier 2007, 41 % des employés de ces lieux de convivialité se plaignaient d’essoufflement, ils ne sont plus que 34 % en janvier 2008. Le fait d’avoir les yeux rouges et irrités connaît une baisse plus spectaculaire encore : affectant 58 % des salariés du secteur CHRD l’année dernière, ces troubles ne concerneraient plus que 20 % des employés aujourd’hui. Les responsables de ces enquêtes mettent cependant en garde sur la valeur uniquement « indicative » de ces résultats, obtenus chez un échantillon de salariés assez faible (214). Enfin, on notera que ces « indicateurs mensuels du tabagisme passif » reposent également sur des paramètres destinés à « mesurer l’évolution de l’exposition ». Ces derniers permettent également de dégager des résultats très encourageants. Ainsi, « la moyenne de la pollution aux particules fines a diminué de 35 % dans le secteur CHRD » observent les responsables de la veille sanitaire.

Immédiateté

Ces résultats, qui concordent avec les observations italiennes publiées récemment dans le JAMA et de nombreuses autres études publiées ces derniers mois, devront être confirmés dans les semaines à venir. Les explications scientifiques et médicales pour décrire ce phénomène immédiat devront également s’étoffer. Cité par le quotidien Libération, ce samedi 23 février, le professeur Dautzenberg rappelle pour sa part : « La fumée crée très rapidement une modification de la coagulation du sang, l’hémostase, or, c’est elle, quand elle crée des caillots, qui bouche les vaisseaux ».

A.H.

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