Les troubles comportementaux (TC) touchent environ 1 enfant sur
7 entre 4 à 17 ans et sont à l’origine de problèmes importants
personnels, sociétaux et économiques. Ces TC chez les enfants sont
principalement groupés en troubles primaires à manifestations
externes (comme la défiance oppositionnelle, l’agression) et à
manifestations internes (comme l’anxiété/dépression, l’isolement).
Non traités, ces TC peuvent se transformer plus tard en problèmes
mentaux (désordres de défiance oppositionnelle, troubles de
conduite et dépression) dans des proportions pouvant atteindre 50 %
des cas.
Plusieurs essais cliniques randomisés dans la prévention de ces
troubles ont déjà été réalisés, mais ces essais sont limités par le
mode de sélection des enfants ou des familles (classifications
erronées des enfants, stigmatisation, etc.). Les programmes de
prévention universelle ne souffrent pas de ces limitations. Mais, à
ce jour, aucun essai de bonne qualité mettant en évidence
l’efficacité de tels programmes n’avait été publié.
Dans un récent numéro du British Médical Journal, une
équipe australienne a publié les résultats de la première étude de
prévention universelle parentale précoce dont l’objectif était de
prévenir les TC à manifestations externes (TCME). L’intervention
comprenait trois sessions ciblant les principaux facteurs de risque
parentaux modifiables à l’origine de TC juvéniles : attentes
déraisonnées de la part des parents, éducations sévères et
négligences parentales.
Dans le groupe « intervention », les familles d’enfants de 8
mois ont bénéficié de 3 sessions de conseils, d’éducation et
d’entraînement afin d’augmenter les comportements « normaux » (ou
attendus) et de minimiser les comportements « anormaux » (ou non
attendus) à 8, 12 et 15 mois. Dans le groupe contrôle, les familles
ont reçu les soins et les conseils habituels. Les critères de
jugements ont été les comportements des enfants (check-list du
comportement infantile entre 1,5 et 5 ans), les comportements des
parents (check-list du comportement parental) et l’état de santé
mentale maternelle (échelle de dépression, anxiété et stress) à 18
et 24 mois.
Les résultats de l’essai ont montré, qu’à 18 mois, les scores de
comportements des enfants et de parents étaient similaires dans les
deux groupes, « intervention » et contrôle. Les scores des
comportements à manifestations externes étaient également
similaires à 24 mois dans les deux groupes (moyennes = 11,9 versus
12,9). En revanche, l’analyse des scores des comportements
parentaux a montré, qu’à 24 mois, les parents du groupe «
intervention » avaient moins de comportement rugueux/abusif que
ceux du groupe contrôle (moyennes = 38,9 versus 40,5 ; différence
moyenne ajustée = –1,83 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de
-3,12 à –0,55) et moins d’attentes déraisonnées par rapport aux
performances de leurs enfants (moyennes : 40,9 vs 42,7 ; différence
moyenne ajustée = –2,18 ; IC95 de –3,74 à –0,62). Cependant, les
scores moyens de préoccupation parentale et de santé mentale
maternelle étaient similaires dans les deux groupes à 18 et 24
mois.
C’est ainsi que le programme de prévention universelle précoce
par l’éducation des parents n’apporte qu’une modeste amélioration
des comportements parentaux identifiés comme facteurs de risque de
troubles comportementaux chez les enfants. Cependant, ces résultats
n’ont pas montré de réduction des troubles comportementaux à
manifestations externes des enfants ni d’amélioration de la santé
mentale maternelle à 2 ans. On ne peut donc pas, à la lumière de
ces résultats, conseiller l’introduction précoce de ce type de
programmes !
Dr Khodor Chatila
Hiscock H et coll. : Universal parenting programme to prevent early childhood behavioural problems: cluster randomised trial. BMJ : publication avancée en ligne le 31 janvier 2008.
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