La mucoviscidose peut-elle devenir une maladie en voie de disparition ?

Ce titre (un peu) provocateur traduit une tendance qui vient d’être mise en évidence au Massachusetts. Dans cet Etat le dépistage systématique de la mucoviscidose à la naissance a été instauré en 1999. Ce type de programme est relativement complexe : un dosage de trypsine est pratiqué chez tous les nouveau-nés et est suivi, chez ceux qui ont des taux supérieurs à une valeur seuil, d’une analyse génétique à la recherche d’une des mutations les plus fréquemment en cause dans l’affection.

Un tel dépistage systématique permet un diagnostic très précoce, le plus souvent chez un enfant asymptomatique, et une prise en charge immédiate, notamment sur le plan nutritionnel. Selon diverses études ce dépistage conduirait à une amélioration du pronostic.

Une diminution significative du nombre de cas graves dépistés

Or, depuis 2002, les responsables de ce programme au Massachusetts ont constaté une diminution significative du nombre de cas dépistés à la naissance. De 29 par exemple en 2000, le chiffre est passé à 9 en 2003 et 15 en 2006. Cette baisse a porté semble-t-il exclusivement sur le génotype le plus répandu et le plus grave : la mutation delta F508 à l’état homozygote (p<0,005). Ainsi alors que 17 nouveau-nés homozygote pour la mutation delta F508 avaient été dépistés au Massachusetts en 2001, seuls 3 cas ont été identifiés en 2003 grâce à ce programme.

Pour expliquer cette tendance, James Hale et coll. excluent l’hypothèse d’une augmentation du nombre de faux négatifs ou de la proportion des enfants échappant au programme, notamment parce qu’aucun cas de mucoviscidose n’a été diagnostiqué après l’apparition de signes cliniques chez des enfants plus âgés nés au Massachusetts au cours de la période de surveillance.  

L’impact positif du dépistage de la mutation dans la population générale et du diagnostic prénatal 

Pour Hale et coll. cette évolution ne peut être due qu’à la large diffusion du dépistage de la mutation delta F508 dans la population générale et des techniques de diagnostic prénatal. En effet, aux Etats-Unis depuis 2001, les grandes sociétés savantes de génétique et d’obstétrique et les National Institutes of Health recommandent d’offrir systématiquement à toute la population la possibilité de rechercher la mutation delta F508 à l’état hétérozygote avant la conception et de dépister la mucoviscidose in utero. Selon les auteurs cette politique de dépistage pré-conceptionnel et prénatal a donc porté ses fruits en diminuant le nombre de naissances d’enfants porteurs de la mutation delta F508 à l’état homozygote. Cette baisse serait due aux effets cumulés du conseil génétique chez les sujets hétérozygotes, des possibilités ouvertes dans certains cas par le diagnostic préimplantatoire pour les couples d’hétérozygotes et du diagnostic prénatal largement proposé.  

Le visage de la maladie serait donc en train d’être transformé aux Etats-Unis, avec non seulement une réduction de la fréquence de l’affection mais aussi une diminution de sa gravité du fait de la baisse du pourcentage d’homozygotes delta F508/delta F508 parmi les mucoviscidosiques. Cette évolution, si elle était confirmée et si elle s’amplifiait, devrait conduire à revoir les critères d’évaluation des programmes de prise en charge précoce de l’affection (puisque les malades dépistés seront moins graves qu’antérieurement) et peut-être à réévaluer l’intérêt du dépistage néonatal lui-même dont la « rentabilité » sera ipso facto réduite.

La France doit-elle revoir sa position ?

Au-delà des Etats-Unis, cette étude conduira peut-être à rouvrir en France le débat sur l’opportunité d’un diagnostic prénatal systématique de la mucoviscidose voire même sur l’intérêt du dépistage des sujets hétérozygotes dans la population générale. Rappelons qu’en France, si le dépistage néonatal de la maladie est généralisé depuis 2002, le diagnostic prénatal systématique a lui été écarté en 2004 à la suite d’une décision du Comité National Consultatif d’Ethique. Celui-ci avait en effet considéré qu’un tel programme, reposant sur un protocole d’examens en plusieurs étapes, serait particulièrement complexe à mettre en oeuvre et « lourd et inquiétant dans la vie familiale où il prendra place ».

Dr Céline Dupin

Références
Hale J et coll. : Newborn screening showing decreasing incidence of cystic fibrosis. N Engl J Med 2008; 358: 973-4.

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Vos réactions (2)

  • eugénisme prénatal

    Le 03 mars 2008

    Il faut donc comprendre : mucoviscidose et trisomie, même combat ; éliminer le plus grand nombre possible de malades, et ne plus soigner ceux qui réchappent à ce dépistage !

    Dr Mauchauffée

  • la mucoviscidose peut-elle devenir une maladie en voie de disparition

    Le 05 mars 2008

    Effectivement,nous, médecins sommes là pour traiter et essayer de guérir des malades et non pour les éliminer.

    Dr Dominique Vast

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