Où la cardiomyopathie hypertrophique fait découvrir une maladie de Fabry

La cardiomyopathie hypertrophique (CMH) a été associée à plus de 400 mutations des gènes qui codent pour les protéines sarcomériques. Cependant, chez 30 à 40 % des malades atteints de cette cardiomyopathie, aucune de ces mutations n’est retrouvée. Certaines données récentes prêtent à penser que la maladie de Fabry pourrait être en cause dans les formes idiopathiques de la CMH, de façon relativement fréquente, encore que les informations sur ce sujet soient peu nombreuses. 

La maladie de Fabry est liée au chromosome X. Elle se traduit sur le plan biologique par un déficit en alpha-galactosidase lysosomiale et sur le plan clinique par des désordres multisystémiques, d’ordre neurologique, oculaire, cutané et cardiaque. Dans sa forme typique, qui est aussi la plus précoce, le tableau est riche, mais il existe des formes atypiques qui se révèlent tardivement par une atteinte rénale ou cardiaque, notamment chez les sujets de sexe masculin, quand il subsiste une activité enzymatique plasmatique, certes faible, mais néanmoins suffisante pour limiter les lésions. L’atteinte cardiaque est en rapport avec l’accumulation de glycosphingolipides au sein du myocarde, de l’appareil valvulaire et du tissu de conduction. L’augmentation de l’épaisseur pariétale, l’épaississement des valves cardiaques et les troubles de la conduction constituent un tableau clinique et échocardiographique relativement évocateur.

Quelle est la prévalence exacte de la maladie de Fabry en cas de CMH ? C’est à cette question que répond une étude de cohorte dans laquelle ont été inclus 508 patients non apparentés, atteints d’une CMH confirmée (dont 238 hommes, âge moyen, 58+/-16 ans). L’activité plasmatique de l’alpha-galactosidase A a été systématiquement évaluée. Des taux faibles (0 à 30 % de l’activité normale chez l’homme et 0 à 50 % chez la femme) ont conduit à une étude du gène GLA.

Au total, les taux de cette enzyme se sont avérés faibles chez 15 patients (3 %). Des mutations du gène GLA, décrites dans la maladie de Fabry, ont été mises en évidence chez 3 hommes (1,1 %), et chez 2 femmes (0,9 %). Dans les autres cas, existaient soit des anomalies non impliquées dans la maladie de Fabry, soit aucune mutation au niveau de ce gène.

Les études menées chez les familles correspondantes ont permis d’identifier 14 porteurs d’anomalies génétiques significatives : 1) 6 femmes sans manifestations de la maladie de Fabry ; 2) 3  femmes atteintes d’une cardiomyopathie ; 3) 2 hommes chez lesquels existait une atteinte rénale et cardiaque ; 4) 1 homme avec une hématurie microscopique ; 5) 1 femme avec un bloc auriculo- ventriculaire du premier degré ; 6) 1 femme avec seulement une atteinte rénale.

La prévalence de la maladie de Fabry chez les patients atteints d’une CMH semble faible, de l’ordre de 1 % (0,9 % chez l’homme et 1,1 % chez la femme). Son diagnostic n’est pas dénué d’intérêt, puisqu’il permet d’identifier les sujets porteurs qui peuvent ainsi bénéficier d’un traitement enzymatique substitutif.

Dr Philippe Tellier

Référence
Monserrat L et coll. : Prevalence of Fabry disease in a cohort of 508 unrelated patients with hypertrophic cardiomyopathy. J Am Coll Cardiol., 2007 ; 50 : 2399-2403.

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