Plus précoce la ménarche, plus grand le risque de surpoids et de diabète à l’âge adulte ?

Alors que la prévalence du diabète de type 2 ne cesse de croître de par le monde, l’identification des facteurs prédisposant précocement au diabète de type 2 est devenue une priorité. Le surpoids et l’obésité qui sont des facteurs de risque majeurs d’intolérance au glucose et de diabète, ont été associés, dans certaines études, à une ménarche précoce et d’autres travaux ont mis en évidence un lien entre jeune âge aux premières règles et augmentation ultérieure de la glycémie.  Des auteurs britanniques ont donc cherché à préciser la relation entre âge aux premières règles et risque de diabète ultérieur.

Ils ont exploité les données de suivi d’une vaste étude prospective de cohorte, menée en population générale, la cohorte Norfolk de l’European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC), inscrite dans une étude multicentrique destinée à explorer la relation entre alimentation, cancer et maladies chroniques.
L’analyse a porté sur 13 308 volontaires âgées de 40 à 75 ans, recrutées entre 1993 et 1997, et suivies entre 1998 et 2000, puis entre 2002 et 2005.

Dans cette cohorte, 734 cas de diabète ont été recensés : 371 cas prévalents à l’entrée dans l’étude et 363 cas incidents. La prévalence cumulée du diabète, à l’âge de 40 à 75 ans, était de 2,8 %. L’âge moyen aux premières règles était de 13 ± 1,6 ans, plus jeune chez les femmes diabétiques que chez les femmes indemnes de diabète (respectivement de 12,8 versus 13 ans ; p = 0,008).

Chaque année supplémentaire d’âge à l’apparition des premières règles était associée à un risque de 10 % plus faible de diabète (OR ajusté sur l’âge lors du  bilan initial = 0,90 ; IC à 95 % 0,86-0,95 ; p < 0,001) et l’association persistait après ajustements sur le tabagisme, le statut socio-professionnel, le niveau d’éducation, l’activité physique, les antécédents familiaux de diabète, la parité, l’utilisation d’une contraception orale, et la prise d’un traitement hormonal substitutif.

Les femmes du quintile d’âge le plus élevé aux premières règles, de 15 à 18 ans, avaient un risque de diabète diminué de 34 % en comparaison des femmes du quintile d’âge aux premières règles le plus bas, entre 8 et 11 ans (OR = 0,66 ; IC à 95 % 0,51-0,85) après ajustements sur les facteurs confondants potentiels.

L’association entre âge aux premières règles et diabète était linéaire (OR ajusté = 0,91 ; IC à 95 % 0,87-0,96, par année de plus d’âge d’apparition des premières règles) et est apparue totalement atténuée après ajustements sur l’indice de masse corporelle, IMC (OR = 0,98 IC à 95 % 0,93-1,03) ou sur le tour de taille à l’âge adulte. Elle était également atténuée lorsque les femmes ayant un IMC atteignant ou dépassant 30 étaient exclues de l’analyse (OR = 0,95  IC à 95 % 0,90-1,0 ; n = 2 281).

Sur fond de décroissance de l’âge d’apparition des premières règles en Europe depuis le XIXe siècle, sans coïncidence clairement notée entre cette tendance séculaire et l’augmentation des taux de diabète de type 2, cette étude, révèle, dans une vaste population d’étude européenne, une association entre ménarche précoce et risque accru de diabète entre 40 et 75 ans, association qui paraît médiée par l’existence d’une adiposité accrue à l’âge adulte. Il semble donc possible, selon les auteurs, d’identifier, à partir de l’âge aux premières règles,  des femmes à risque de surpoids ou d’obésité et à prédisposées à un diabète ultérieur.

Dr Claudine Goldgewicht

Références
Lakshman R et coll. Association between age at menarche and risk of diabetes in adults : results of the EPIC Norfolk cohort study. Diabetologia, Publication avancée en ligne, 5 mars 2008.

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