Une seule dose de rifampicine pourrait suffire dans la prophylaxie de la lèpre

Il est admis depuis longtemps que le contact rapproché avec des patients atteints de lèpre est source de contagion. Au début des années 1940, la dapsone était le traitement curatif de premier choix contre la lèpre, mais depuis le début des années 1980, on lui préfère une multithérapie associant la dapsone, la clofazimine et rifampicine. Plusieurs études randomisées ont évalué l’efficacité de la dapsone en traitement prolongé dans la prévention de la lèpre chez les sujets contacts. Une méta-analyse de ces études de chimioprophylaxie (CP) a estimé son efficacité globale à environ 60 %, avec une différence entre les contacts familiaux (34 % à 54 %) et les contacts communautaires (91 %). Les inconvénients de la CP par la dapsone sont, d’une part l’apparition de résistances, et d’autre part le manque d’observance lié à la longue durée de traitement. De ce fait, la CP par d’autres molécules a été envisagée, notamment la rifampicine, antibiotique bactéricide contre Mycobacterium leprae, qui possède un effet prophylactique au moins aussi important que la dapsone, mais dont la durée d’administration est plus courte.

Afin d’évaluer l’efficacité d’une CP par une dose unique de rifampicine chez les contacts directs de patients atteints de lèpre, Moet et coll. ont réalisé un essai randomisé contre placebo. Au total, 28 092 contacts directs de patients atteints de  lèpre ont été inclus. Une dose unique de rifampicine a été administrée dès le deuxième mois de traitement des cas index aux participants du groupe traitement versus un placebo dans le groupe contrôle. Le suivi a été de 4 ans. Le critère principal de l’étude a été l’apparition d’une lèpre chez les contacts.

Parmi les 21 711 contacts ayant rempli les critères d’inclusion de l’étude, 18 869 (86,9 %) ont été suivis jusqu’à 4 ans. Dans le groupe placebo, 91 contacts (0,96 %) ont développé une lèpre contre 59 (0,32 %) dans le groupe rifampicine. La réduction moyenne de l’incidence de la lèpre par l’utilisation d’une dose unique de rifampicine a donc été de 57 % (IC 95 % : 33 % à 72 %). Il n’y a pas eu de différence entre les 2 groupes pour la période allant de 2 à 4 ans, probablement parce que le traitement des nouveaux cas (les anciens contacts) dans les deux groupes a réduit le risque de transmission de la maladie. Le nombre de patients à traiter (NPT) pour prévenir un cas de lèpre parmi les contacts était de 297 (IC 95% : 176 à 537).

Le traitement par une dose unique de rifampicine des sujets contacts de patients nouvellement touchés par la lèpre est efficace dans la prévention de la maladie à 2 ans. Cet effet se maintient après 2 ans, même si la différence entre les deux groupes n’est plus significative.

Dr Khodor Chatila

Références
Moet F J et coll. : Effectiveness of single dose rifampicin in preventing leprosy in close contacts of patients with newly diagnosed leprosy: cluster randomised controlled trial." BMJ 2008, en ligne avant publication le 10 mars, BMJ, doi:10.1136/bmj.39500.885752.BE.

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