Pères, engagez-vous !

Dans les sociétés occidentales, l’implication du père dans les soins et l’éducation de sa progéniture (« father involvement ») est entrée dans les mœurs depuis les années 70. A la différence de l’absence de père, ses effets sur le développement et le bien-être de l’enfant n’ont pas motivé beaucoup de travaux.

Une revue méthodique, effectuée par A Sarkadi et coll., a récemment retrouvé 16 études longitudinales, ayant un recul d’au moins un an, sur le sujet.
Les 24 publications inspirées par ces études fournissaient des données sur 22 300 enfants. Le plus souvent, elles avaient pour cadre les USA et le Royaume Uni (21/24), des pays qui n’accordent ni le congé paternité ni le travail à mi-temps au père. Un facteur de confusion aussi important que le niveau socio-économique de la famille, n’était pas contrôlé dans ¼ d’entre elles (6/24), et quand il l’était, l’implication du père n’était pas toujours leur objectif principal.

Ces réserves étant faites, que nous apprend la revue de A. Sarkadi et coll. ?

Globalement, l’implication du père s’avère bénéfique pour l’enfant, mais, peut-être faut-il parfois la modérer. Ainsi, des anciens prématurés, dont les pères s’étaient beaucoup occupés à l’âge de 6 ans, présentaient-ils plus d’hyperactivité à l’âge de 14 ans !
L’implication paternelle peut être décomposée en de multiples facteurs, mais seuls deux d’entre eux, l’engagement et la cohabitation, sont appréciables dans les articles.
De façon générale, l’engagement, c'est-à-dire l’interaction directe du père avec son enfant dans des activités telles que le jeu, la lecture, une sortie, favorise l’intégration sociale et la réussite scolaire de l’enfant, et semble protéger celui-ci des troubles émotionnels et du comportement. La cohabitation, c'est-à-dire la présence du père au foyer, s’accompagne d’une diminution des troubles externalisés.
Dans certains sous-groupes, l’implication paternelle exerce des effets différentiels. Ainsi, l’engagement du père réduit, à distance, les troubles du comportement chez les garçons et les troubles psychologiques chez les jeunes femmes. Il est associé à des QI plus élevés, à 3 ans, chez d’anciens prématurés afro-américains, vivant dans des milieux défavorisés. Dans les familles pauvres, la cohabitation du père avec la mère fait diminuer la délinquance et la criminalité à l’adolescence et à l’âge adulte …
Il n’est guère possible de démêler ce qui revient au père biologique et ce qui revient à la figure du père.

Ainsi, la littérature médicale fournit des arguments pour recommander un engagement régulier du père auprès de son enfant, mais elle ne donne pas de détails sur les modalités de cet engagement. Elle ne peut qu’inciter les professionnels à encourager l’implication paternelle, et les politiques à la faciliter par des mesures appropriées.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
Sarkadi A et coll : Fathers’ involvemement and children’s developmental outcomes : a systematic review of longitudinal studies. Acta Paediatrica 2008 ; 97 : 153-158

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