De l’intérêt de vraiment se souvenir de la lutte contre les sectes

Paris, le jeudi 3 avril 2008 – Quelques semaines après la polémique créée par les propos de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, qui avait affirmé que les sectes étaient « un non problème en France », la Mission interministérielle de vigilances et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) a choisi de faire entendre fortement sa voix. Elle annonce en effet en introduction : « L'Etat ne peut pas, ne doit pas se désintéresser de la lutte contre des mouvements qui déploient des moyens considérables pour pouvoir se livrer, en toute impunité, à leurs activités malfaisantes. L'Etat doit informer, prévenir, sanctionner. L'Etat manquerait à ses devoirs en s'en remettant à la seule sphère privée ».

Les sectes s’attaquent à la santé

Au-delà de cet appel, on observe que dans la cinquième édition de son rapport annuel, la Miviludes s’intéresse une nouvelle fois aux dérives sectaires observées dans le domaine de la santé et plus précisément de la psychothérapie. L’alerte avait déjà été donnée et la Mission présidée par Jean-Michel Roulet insiste en soulignant que « les dérives sectaires sont plus nombreuses dans le domaine de la santé, des thérapies alternatives et du développement personnel, que dans le cadre à proprement parler spirituel et religieux ».

Des femmes jeunes

A titre d’exemple particulièrement édifiant, la Miviludes évoque la dérive « psychothérapeutique » que représente « le cas des faux souvenirs induits ». C’est un phénomène, rappelle la mission interministérielle, apparu aux Etats-Unis dans la seconde moitié du vingtième siècle. « Le syndrome du faux souvenir est le fait de praticiens ramenant systématiquement toutes les difficultés de la personne à des souvenirs occultés souvent depuis la prime enfance, de maltraitances tels l’abus sexuel (viol, inceste) dans l’entourage familial, au cours de rites sataniques ou encore d’expériences d’enlèvements par des extra-terrestres », décrit la Miviludes. Ces « faux souvenirs » sont créés grâce à des techniques d’autosuggestion (hypnose, sophrologie…), le plus souvent (80 % des cas) chez des jeunes femmes (âge moyen de 33 ans). Les prétendus faits ramenés à la conscience, jamais évoqués auparavant et qui ne s’appuient sur aucune autre preuve sont censés avoir eu lieu de très nombreuses années avant le début des séances de « psychothérapie »

Phénomène en progression

Si la Miviludes donne l’alerte c’est que ces phénomènes dont les conséquences sont dramatiques pour la santé psychologique des patientes mais aussi pour l’équilibre des familles sont en progression. Selon le psychologue américain Robert A. Blaker, le phénomène « concernait 160 000 cas d’abus sexuels infantiles en 1967 et 1 700 000 en 1985 dont 65 % sans fondement », cite la Miviludes. En France l’association Alerte Faux Souvenirs Induits (AFSI) créée en 2005 aurait été sollicitée plusieurs centaines de fois ; ce qui ne signifie pas cependant que dans tous les cas le phénomène des faux souvenirs induits puisse être réellement invoqué. Il faut en effet éviter que l’existence réelle de ces situations ne soit utilisée par de vrais coupables d’abus sexuels. On observera enfin que la Miviludes traite également du satanisme « un risque de dérive toujours d’actualité ».

A.H.

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