Trichloréthylène et Parkinson : un soupçon légitime ?

La maladie de Parkinson est l’une des affections neurodégénératives les plus fréquentes. Les causes de cette maladie commencent à être précisées à la faveur des enquêtes épidémiologiques, de l’identification de nombreux gènes impliqués dans les rares formes génétiques et d’études réalisées dans des modèles animaux. Depuis de nombreuses années, on suspecte aussi le rôle de facteurs environnementaux toxiques avec comme argument le plus net, la découverte qu’un composé, le MPTP (1-méthyl-4-phényl-1,2,3,6-tétrahydropyridine), était à l’origine  de la survenue de syndromes parkinsoniens chez certains toxicomanes qui s’étaient injectés ce produit (contaminant d’une héroïne de synthèse) par accident. Cette substance est un poison du complexe I de la chaine respiratoire mitochondriale. D’autres produits comme les pesticides ont aussi été suspectés depuis de nombreuses années.

Qu’en est-il du trichloréthylène (TCE) qui est un produit très utilisé dans certains milieux professionnels et qui peut être retrouvé dans l’eau de boisson,  l’eau de surface et les sols ? L’agence Américaine de l’environnement a repéré ce produit dans 852 des 1 430 sites  contaminés prioritaires. Toutefois, l’Académie Nationale des Sciences reconnait que le risque neurotoxique de l’exposition au TCE n’est pas caractérisé.

Ayant repéré 3 patients parkinsoniens exposés au TCE, une équipe du Kentucky a effectué un travail clinique et expérimental pour identifier une relation de causalité. Ils ont d’abord précisé que les 3 patients en question souffraient d’une maladie de Parkinson typique, puis étudié la motricité de 27 autres travailleurs travaillant dans le même environnement.  Ces travailleurs avaient été sélectionnés à la suite d’un questionnaire adressé à 134 d’entre eux (65 réponses). Treize sans symptômes et 14 avec au moins 3 symptômes évocateurs de Parkinson ont été ensuite examinés et leurs mouvements évalués de manière quantifiée. Ces sujets n’étaient pas parkinsoniens mais présentaient un certain ralentissement de leur motricité.

Parallèlement à ce travail clinique, une expérimentation animale a été réalisée consistant à exposer des souris à du TCE pendant 6 semaines.  L’étude histologique a montré une perte des neurones dopaminergiques, une dégénérescence des fibres nigrostriées et une atteinte du complexe I de la chaine respiratoire.
Il faut rappeler que l’implication du TCE dans la maladie de Parkinson avait déjà été suspectée par D Guehl (Bordeaux) en 1999. Ses observations et les données de cette nouvelle étude sont des éléments supplémentaires en faveur de l’hypothèse environnementale dans l’apparition de certaines maladies de Parkinson. La preuve définitive manque en raison de la lourdeur méthodologique des études épidémiologiques nécessaires mais on peut se demander à partir de quel niveau de preuve le principe de précaution doit être évoqué.

Dr Christian Geny

Références
Gash DM et coll. : Trichloroethylene: Parkinsonism and Complex 1 Mitochondrial Neurotoxicity. Ann Neurol., 2008 ; 63 : 184–192

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Vos réactions (1)

  • Trichoréthylène et Parkinson

    Le 03 avril 2008

    "La preuve définitive manque en raison de la lourdeur méthodologique des études épidémiologiques nécessaires mais on peut se demander à partir de quel niveau de preuve le principe de précaution doit être évoqué".
    1) Le résultat, s'il est significatif, des études épidémiologiques, est de montrer une "association". Il est fondamentalement incapable par lui même de démontrer un rapport de "causalité", quelle que soit la rigueur méthodologique de l'étude.
    2) L'expression "niveau de preuve", alors même qu'elle est d'usage fréquent en médecine, n'a pas de sens scientifique (FONCIN J.-F. : “Evidence Based Medicine” et recherche clinique en neurologie et psychiatrie. Psychiatrie Française 2007 n°3 pp.32-43). Ce qui peut guider l'action médicale ou réglementaire est la probabilité (évaluée de 0 à 1, cette dernière valeur étant celle de la certitude) de la relation "causale" entre l'exposition à un agent et une manifestation clinique.

    Jean-François Foncin

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