M. VIGAN
CHU Saint-Jacques, Besançon
Les substances parfumantes sont les allergènes les plus
fréquents des cosmétiques. Cette allergie se voit plus souvent chez
l’homme que chez la femme. Elle peut survenir à tout âge, même chez
le nourrisson, mais sa fréquence augmente avec l’âge.
La sensibilisation aux parfums est devenu un problème européen
en 1998 quand Johansen a montré que la fréquence de positivité dans
une population de patients consultant pour allergie de contact du
fragrance mix (tableau 1) de la batterie standard, était passée de
4,5 % en 1985 à 10 % en 1997 ; en 2002, la sensibilisation aux
substances parfumantes concernait entre 0,5 et 5 % de la
population.
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Tableau 1.
Composition du fragrance mix I.
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Nom INCI utilisé pour l’étiquetage :
• Evernia prunastri (oak moss)
• Isoeugenol
• Cinnamal
• Cinnamyl alcohol
• Eugenol
• Hydroxycitronellal
• Geraniol
• Alfa-amyl cinnamal
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Le 7e amendement à la directive cosmétique a fixé la liste des
substances parfumantes reconnues allergènes potentiels pour
qu’elles soient affichées dans la liste des « ingrédients « des
cosmétiques si elles sont contenues au dessus d’un certain seuil
dans le produit. Depuis mars 2005, cet affichage est obligatoire
pour les cosmétiques et, depuis octobre 2005, pour les produits
lessiviels. La consultation du Vidal permet parfois de connaître la
présence de ces ingrédients-allergènes potentiels dans les
médicaments. Cette liste permet au patient de faire l’éviction de
son allergène s’il est reconnu positif à un ingrédient. Il est
devenu nécessaire de tester ces nouveaux allergènes potentiels.
La sensibilisation aux
substances parfumantes concernerait entre 0,5 et 5% de la
population.
Fragance mix II
Un nouvel allergène, le fragrance mix II a été mis au point par
P. Frosch (tableau 2).
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Tableau 2. Composition du fragrance mix II.
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• Hydroxyisohexyl3-cyclohexene carboxaldehyde
(Lyral®)
• Citral
• Farnesol
• Citronellol
• Hexylcinnamal
• Coumarin |
Ce nouvel allergène, déjà accessible à tous ceux qui testent
leurs patients, chez leur fournisseur d’allergène habituel, a été
évalué dans des populations de patients consultant pour une
allergie de contact : alors que le fragrance mix I donne entre 7 et
11 % de tests positifs, le fragrance mix II ne donne « que » 4,7 %
de positivité ; cette fréquence le place dans le peloton de tête
des allergènes de la batterie standard, et permet de détecter un
tiers de patients allergiques qui auraient échappés au fragrance
mix I.
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Figure 1. Le fragrance mix II détecte
un tiers
des patients qui auraient « échappé » au fragrance mix I.
Il fait partie des « ajouts » du GERDA.
Figure 2. Test positif au baume du Pérou par sensibilisation
à l’alcool benzylique d’une résine époxy,
repéré grâce à la fiche de sécurité chez un patient sensibilisé à
la résine époxy.
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Parmi ses composants, le plus fréquent est le Lyral® et, dans
notre série de Besançon, ceux qui « sortent » positifs sont par
ordre de fréquence : citral, Lyral® et farnesol. Les ingrédients du
nouveau fragrance mix II sont aussi commercialisés, et parmi
ceux-ci, il semble incontournable de pouvoir tester le Lyral®, le
citral, le farnesol, de même que parmi les éléments du fragrance
mix I, l’isoeugenol, l’oak moss et l’hydroxycitronellal sont
indispensables.
Le fragrance mix II permet
de détecter un tiers de patients allergiques
qui auraient échappé au fragrance mix I.
Les autres ingrédients reconnus allergènes des parfums sont
encore à l’étude (tableau 3) : il faut en déterminer la fréquence
de positivité dans une population de patients testés en routine, de
patients ayant une histoire clinique évocatrice d’allergie aux
substances parfumées ; il faut aussi en déterminer la concentration
optimum, qui révèle le plus d’allergie sans donner de réaction
d’irritation ni de risque de sensibilisation active.
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Tableau 3.
Autres substances parfumantes allergènes potentiels,
en cours d’évaluation*, ou déjà commercialisés**.
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• Amyl cinnamal**
• Benzyl alcohol*
• Benzyl salicylate*
• Anisyl alcohol*
• Benzyl cinnamate*
• Butylphenylpropional (lilial)*
• Linalol*
• Benzyl benzoate
• Methylheptinecarbonate*
• Alpha isomethylionone*
• Evernia furfuracea (tree moss)
• Limonène** |
Orientation diagnostique et pertinence
Lorsqu’un test est positif à une des substances parfumantes, il
faut en déterminer la pertinence par l’histoire clinique et la
recherche de l’allergène grâce à l’étiquetage informatif.
L’aspect clinique est celui d’un eczéma de contact ; les
localisations préférentielles sont le visage, particulièrement les
paupières, derrières les oreilles, et aussi les aisselles, le cou
et le décolleté. L’allergène peut réagir par contact direct, mais
aussi aéroporté et procuré. Ce dernier est très difficile à éviter,
les patients très réactifs aux parfums deviennent ainsi des «
invalides sociaux ».
L’allergie par procuration
est très difficile à éviter chez les patients très réactifs aux
parfums.
Les
hommes qui ont des tests positifs aux substances parfumantes
ont plus souvent une atteinte des mains par sensibilisation en
milieu professionnel (les huiles de coupe contiennent du limonène,
certaines époxy de l’alcool benzylique).
Les patients atteints de dermite de stase sont souvent
allergiques aux composants « benzyl… » des allergènes des parfums.
Tout patient atteint de dermatite de stase qui n’évolue pas
favorablement doit être testé, avec les produits utilisés, avec la
batterie standard et corticoïdes, avec les cosmétiques, et aussi
avec la batterie substances parfumantes.
Par ailleurs, il est bien connu que les patients
photo-allergiques au gel de kétoprofène sont sensibilisés aux
fragrances mix, particulièrement à l’alcool cinnamique.
Recommandations et information du patient
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Figure 3.
Depuis octobre 2005, les produits lessiviels doivent afficher
les allergènes des parfums,
mais certains parfums
ne sont pas dans la liste
des ingrédients à afficher.
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L’information à donner aux patients sur leur allergène est que
celui-ci doit être noté en clair dans la liste « ingrédients » des
cosmétiques et des produits lessiviels. Le nom INCI de leur
allergène doit leur être donné, afin qu’ils puissent le repérer et
ne pas acheter le produit qui le contient. Ils doivent donner ce
nom au professionnel de santé qui leur prescrit ou leur conseille
un topique médicamenteux ou non, pour que celui-ci vérifie
l’absence de leur allergène dans le produit.
En cas de signes cutanés persistants au niveau du visage malgré
une bonne éviction, la notion d’allergie par procuration doit leur
être enseignée. Des tests aux parfums du conjoint sont souvent
pertinents pour convaincre le patient de leur réactivité possible.
En cas d’atteinte des mains, de rythme professionnel, les produits
d’hygiène en tant que cosmétiques doivent aussi avoir une liste d’«
ingrédients ». Par ailleurs, une enquête peut être faite à partir
des fiches de sécurité. Il est vivement déconseillé d’utiliser des
cosmétiques illicites par absence d’étiquetage INCI.
Conclusion
Avant 2005, les marqueurs de l’allergie aux parfums étaient le
fragrance mix I, le baume du Pérou et la colophane ; depuis 2005,
le test du fragrance mix II et du Lyral® semble incontournable.
L’amélioration de la connaissance des allergènes des parfums permet
d’améliorer la prise en charge du patient allergique, aussi bien
pour le diagnostic de leur pathologie que pour leur guérison par
l’éviction.
Pour en savoir plus
• Frosch PF et al. Contact Dermatitis 2005 ; 52(4) :
216-25.
• Uter W et al. Clinical update on contact allergy Curr Opin
Allergy. Clin Immunol 2005 ; 5(5) : 429-36.
• Vigan M. Les cosmétiques étiquetage complet, code INCI. Progrès
en Dermato-Allergologie, Médiscript ed., Marseille 1997,
p79-87.
• Lepoittevin JP. 7e amendement à la directive cosmétique.
Étiquetage des allergènes « parfumés ». La Lettre du GERDA 2004 ;
19 : 5.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, mars 2008
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