Pas (trop) de cannabis pour les patients schizophrènes

Plus petits, dendrites rabougris, connexions moins nombreuses, activité réduite, moins de neurotransmetteurs : les neurones des schizophrènes sont en état de stress. Mais quand des neurones sont perturbés par le stress, ils cessent d’élaborer les molécules nécessaires à leur bon fonctionnement, pour assurer en priorité leur propre survie. Ils rétractent leurs prolongements (axones, dendrites) et adoptent un profil végétatif : la diminution de taille cérébrale est depuis longtemps reconnue dans la schizophrénie. Le nombre global de neurones semble inchangé, mais leur activité souffre de la perte massive de ces prolongements assurant leurs interactions. Si la physiopathologie de ce déficit était mieux comprise et pouvait être freinée, les patients seraient préservés du déclin cognitif et social émaillant la schizophrénie.

Deux études récentes montrent la voie à suivre. D’une part, celle d’Hashimoto et al. sur l’expression des gènes contrôlant la synthèse du GABA (acide gamma-amino-butyrique) ou d’autres molécules (somatostatine, parvalbumine) : elle retrouve une baisse d’activité significative chez les schizophrènes, dans plusieurs régions : cortex préfrontal, cingulaire, visuel… Ces déficits étaient déjà connus, mais cette étude innove en montrant leur généralisation à l’ensemble du néo-cortex (« widespread throughout the neocortex »).

Par ailleurs, Rais et al. ont recouru à l’imagerie par résonance magnétique pour documenter ce déficit fonctionnel du cerveau de patients schizophrènes. Comparant deux bilans de neuro-imagerie à 5 ans d’intervalle, ils confirment la perte de substance grise déjà décrite dans l’évolution de cette maladie. Découverte nouvelle : ils ont observé une perte près de deux fois plus importante, en cas d’usage du cannabis, que du seul fait de l’évolution spontanée de la maladie ! Il est important d’informer les patients sur ces dangers du cannabis longtemps considéré, mais à tort, comme un produit plus « doux » que d’autres substances. Limiter son usage est donc indispensable pour prévenir ou, du moins, ne pas aggraver la dégradation cognitive dans la schizophrénie.

Dr Alain Cohen

Références
Freedman R et coll. : Cannabis, inhibitory neurons, and the progressive course of schizophrenia. Am J Psychiatry 2008 ; 165 : 416-419.

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