De l’altération isolée de la glycémie à jeun au diabète de type 2 : une progression évitable

Des auteurs danois ont évalué, dans une population à haut risque, les déterminants qui mènent de l’altération isolée de la glycémie à jeun, et de l’intolérance aux hydrates de carbone, au diabète.

Leur enquête s’inscrit au sein d’une vaste étude de dépistage et d’intervention chez les sujets à haut risque de diabète de type 2, conduite en population générale, l’ADDITION study (Anglo-Danish-Dutch study of Intensive Treatment in People with Screen Detected Diabetes in Primary Care). Entre 2001 à 2005, ils ont revu les 1 821 sujets ayant initialement une altération isolée de la glycémie à jeun ou une intolérance au glucose, 1 an et 3 ans après l’identification des anomalies par le dépistage.

L’altération de la glycémie à jeun était définie par une glycémie à jeun supérieure ou égale à 5,6 mmol/l  (1 g/l) et inférieure à 6,1 mmol/l (1,10 g/l) et une glycémie 2 h post-charge < 7,8 mmol/l (1,40 g/l) ; l’intolérance au glucose était définie par une glycémie à jeun dépassant 6,1 mmol/l  (1,10 g/l) et n’atteignant pas 7,8 mmol/l (1,40g/l) et une glycémie 2 h post-charge inférieure à 11,1mmol/l (2g/l).

Parmi cette population, âgée de 40 à 69 ans, 1 510 sujets (88 %) ont participé à au moins une consultation de suivi, et 1 002 (72 %) à la consultation à 3 ans.
Au cours de la période d’étude, 442 cas incidents de diabète de type 2 ont été enregistrés. Les taux de progression vers le diabète de type 2 était de 11,8 p. 100 personnes-années chez les sujets ayant une altération isolée de la glycémie à jeun et de 17 p. 100 personnes-années chez ceux ayant une intolérance au glucose, soit des risques cumulés, sur 3,5 ans, respectivement de 32 % et 41 %.
Le taux de progression vers le diabète a été considérablement plus élevé au cours de la première année, de près de 20 p. 100 personnes-années, que pendant le reste de la période  d’étude, et est resté élevé dans les deux groupes.

L’analyse met en évidence, comme déterminants significatifs de la progression vers le diabète de type 2 chez les sujets ayant une altération isolée de la glycémie à jeun : l’indice de masse corporelle (IMC), avec un ratio de risque de 1,04 (IC à 95 % 1,01-11,08), et la triglycéridémie (ratio de risque = 2,19 IC à 95 % 1,49-3,22). Chez les sujets ayant une intolérance au glucose, les déterminants de la survenue du diabète de type 2 étaient : les niveaux de glycémie  mesurés et l’existence d’une HTA connue (ratio de risque = 1,46 IC à 95 % 1,11-1,03).

Cette étude, la première selon les auteurs à avoir évalué le risque de diabète chez les sujets ayant une altération isolée de la glycémie à jeun, portant sur une population à haut risque, montre un risque cumulé élevé de progression vers le diabète de type 2 en cas d’altération isolée de la glycémie à jeun (32 %) et d’intolérance au glucose (41 %), le risque étant particulièrement accru dans la première année suivant le dépistage. Cependant, les participants au suivi ayant peut-être un mode de vie plus sain que les non-participants, l’étude a pu sous-estimer le risque de progression vers le diabète.
Les auteurs attirent l’attention sur les déterminants significatifs de cette progression : l’augmentation des niveaux glycémiques, de l’IMC, des triglycérides, et l’HTA qui accroît de près de 50 % le risque de progression vers le diabète de type 2 chez les hypertendus connus, intolérants au glucose, en comparaison de ceux  indemnes d’HTA connue.
Ils observent que, comparée à la stabilité du poids et des triglycérides, la perte de 1 kg/an était associée, indépendamment du poids initial, à une réduction de près de 20 % du risque de progression vers le  diabète, et ce, chez le sujets ayant une hyperglycémie à jeun isolée (ratio de risque = 0,88 IC à 95 % 0,66-0,98) et chez ceux ayant une intolérance au glucose (ratio de risque = 0,80 IC à 95 % 0,67-0,96), et que la réduction de 1 mmol/l/an de la triglycéridémie était inversement associée à la survenue d’un diabète de type 2 chez les sujets intolérants au glucose.
Ils voient dans ces résultats des points d’impact majeurs de la prévention du diabète de type 2, rendant cette maladie potentiellement évitable dans cette population à haut risque.

Dr Claudine Goldgewicht

Références
Rasmussen SS et coll. : Determinants of progression from impaired fasting glucose and impaired glucose tolerance to diabetes in a high-risk screened population : 3 year follow-up in the ADDITION study, Denmark. Diabetologia 2008 ; 51 : 249-57.

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