SLA : surprenante relation entre exposition au plomb et survie

Des équipes du National Institute of Environmental Health Sciences du NIH ont, dans une étude publiée en 2002, associé au risque de sclérose latérale amyotrophique (SLA), la plombémie et la charge osseuse en plomb, ainsi que l’exposition professionnelle à ce métal lourd. D’autres études ont, elles aussi, rapporté des associations entre risque de SLA et exposition au plomb, dont la plus récente (2007) qui a observé un agrégat de cas à proximité d’une fonderie en activité dans le Missouri. Dans ce contexte, et en s’attendant à une réduction de la survie liée à l’exposition au plomb, les équipes du NIH ont décidé d’analyser les données de survie des cas de leur précédente étude en portant leur attention sur la relation entre exposition au plomb et mortalité par SLA.
 
L’analyse a porté sur 110 cas de SLA, provenant de la précédente étude, de type cas-témoins, menée en Nouvelle-Angleterre entre 1993 et 1996. Les taux de plomb sanguins étaient disponibles pour 107 cas et la charge osseuse en plomb pour 104.
Les plombémies et les charges osseuses en plomb, dans l’étude d’origine, étaient plus élevées chez les cas que chez les témoins. Après ajustements sur l’âge, le sexe et la région de Nouvelle-Angleterre, la plombémie moyenne était de 5,2 ± 0,4 µg/dl chez les cas et de 3,4 ± 0,4 µg/dl chez les témoins, la charge rotulienne en plomb était respectivement de 20,3 ± 2,1 µg/g et de 16,7 ± 2,0 µg/g, celle mesurée au tibia de 14,9 ± 1,6 µg/g chez les cas et de 11,1 ± 1,6 µg/g chez les témoins.

Les données de mortalité ont été retrouvées, via les certificats de décès, pour 100 cas sur 110.
L’intervalle médian entre le diagnostic et le décès était de 28 mois (6-121 mois), celui séparant l’apparition des symptômes et le décès de 40 mois (9-207).
Différentes caractéristiques personnelles sont apparues associées à une survie plus courte : l’âge, plus avancé, au diagnostic, le sexe féminin, le début bulbaire de la maladie, la brièveté de l’intervalle entre les premiers symptômes et le diagnostic, et la réduction des fonctions respiratoires. D’autres caractéristiques personnelles, comme l’intervalle plus long entre l’installation des symptômes et le diagnostic, l’existence d’antécédents familiaux de SLA, le fait d’avoir été fumeur, un niveau d’éducation ne dépassant pas le lycée, un indice de masse corporelle (IMC) dans le quartile le plus bas, sont apparues associées à une survie plus longue

L’analyse met en évidence, après ajustements sur l’âge, le sexe et le tabagisme, une association entre survie plus longue, plombémie et charge osseuse en plomb.
La relation entre plombémie et survie, du diagnostic au décès, était faible (ratio de risque [RR]=0,9 ; IC95 de 0,8 à 1,0), celle avec la charge osseuse plus forte, avec des ratios de risque de 0,5 (IC95 de 0,2 à 1,0) pour la charge en plomb mesurée à la rotule, et de 0,3 (IC95 de 0,1 à 0,7) pour celle mesurée au tibia.

Les ajustements sur le niveau d’éducation, l’IMC, l’activité physique, le début bulbaire de la maladie, l’intervalle entre le début des symptômes et le diagnostic, les antécédents familiaux de la maladie, la capacité vitale forcée n’ont pas altéré ces associations, et les résultats étaient semblables pour la survie évaluée du début des symptômes au décès.

Cette étude, contrairement à toute attente, dosages à l’appui, associe plus forte exposition au plomb et survie plus longue chez 100 patients atteints de SLA, une précédente étude ayant associé exposition au plomb et accroissement du risque de SLA. Ce résultat, surprenant, suggère-t-il des effets de l’exposition au plomb différents sur l’installation de la maladie  et sur sa progression ? Des études expérimentales, chez l’animal, semblent indiquer des impacts différents, toxiques pour les neurones moteurs, et trophiques pour les cellules gliales.
Quoiqu’il en soit, ce résultat doit être interprété avec prudence d’autant plus que l’étude porte sur un échantillon de petite taille et est fondée sur les données de certificats de décès, et appelle réplication.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Kamel F et coll. : Association of lead exposure with survival in amyotrophic lateral sclerosis. Environ Health Perspect. Publication avancée en ligne le 2 avril 2008.

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