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Les premiers tâtonnements de la thérapie génique de l’amaurose de Leber chez l’homme

Publié le 05/05/2008 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

L’amaurose congénitale de Leber (ACL) a été décrite pour la première fois en 1869. Elle serait responsable de 10 à 20 % des cécités infantiles et toucherait un à 5 sujets sur 10 000. L’ACL forme en fait un groupe de dystrophies héréditaires rétiniennes qui se caractérisent par un début précoce et une extrême gravité si bien que les enfants qui en sont atteints ont le plus souvent un déficit visuel majeur ou une cécité dès la naissance. La maladie se transmet habituellement sur un mode autosomique récessif mais des formes dominantes ont été décrites. Des mutations de 7 gènes ont jusqu’ici été associées à l’ACL. Ces mutations portent préférentiellement sur le photorécepteur ou sur les cellules de l’épithélium pigmentaire rétinien. Une mutation du gène RPE65 est en cause dans 6 % des cas environ. Ce gène code pour une enzyme de l’épithélium pigmentaire qui catalyse la synthèse d’un précurseur de la rhodopsine indispensable à la phototransduction et à la vision.

Une amélioration du test de déambulation

Sur un modèle animal de chien Briards ayant un déficit spontané en RPE65 des essais de thérapie génique fondés sur l’injection sous rétinienne d’un adénovirus porteur de l’ADN du RPE65 ont permis récemment une restauration de la vision durable (8 ans).

Sur ces bases, deux équipes indépendantes viennent de publier dans le même numéro du New England Journal of Medicine les premiers résultats obtenus chez l’homme avec une thérapie similaire.

Il s’agit d’une équipe anglo-américaine (James Brainbridge et coll.) et d’une équipe italo-américaine (Albert Maguire et coll.).

Avec des protocoles légèrement différents, les deux équipes ont traité chacune 3 patients adultes atteints d’ACL en rapport avec une mutation du gène RPE65. Le traitement a consisté en une injection par voie sous rétinienne dans un œil, d’un vecteur viral recombinant de type adénovirus porteur du gène manquant ou défectueux. 

En terme d’effets secondaires, la thérapie génique est apparue bien tolérée sans symptôme systémique. Il faut noter toutefois que Maguire et coll. ont observé l’apparition d’un trou maculaire chez un patient (sans conséquence clinique compte tenu de la vision centrale très limitée de ces patients).

Avec un recul limité à 5 mois, une amélioration modeste mais statistiquement significative de l’acuité visuelle a été observée chez les 3 malades de Maguire (le niveau d’accroissement de l’acuité visuelle observée étant selon les auteurs supérieur à la variabilité inter-individuelle constatée habituellement lors de la répétition de tels tests). L’équipe de Brainbridge n’a pu constater aucun effet sur l’acuité visuelle mais a pu noter une amélioration de la micro-périmètrie chez l’un des 3 malades traités.

Par ailleurs l’équipe de Maguire a objectivé une amélioration du réflexe pupillaire à la lumière au niveau des yeux traités de leurs trois patients ce qui traduit vraisemblablement également une réparation partielle de la fonction rétinienne. Une diminution du nystagmus a également été notée. Lors d’un test de déambulation réalisée sur un parcours comportant 14 obstacles l’un des malades qui heurtait la plupart des obstacles avant l’intervention a été capable de s’orienter correctement après le traitement.

Ces résultats encore très préliminaires sont donc encourageants sans toutefois que les améliorations ténues observées (surtout par Maguire) aient un intérêt clinique majeur pour tous les patients.  

Cette technique de thérapie génique apparaissant sans danger majeur, les recherches vont donc se poursuivre. Les prochaines études devraient porter sur un plus grand nombre de patients, en modifiant peut-être les doses de vecteurs et en poursuivant le suivi sur une plus longue durée.

Il est vraisemblable que l’inclusion de patients plus jeunes dont la dégénérescence rétinienne est moins avancée pourrait permettre d’espérer de meilleurs résultats, plus proches de ceux que l’on observe chez les chiots. Rappelons à cet égard qu’au cours d’une expérience conduite chez le Briard publiée en 2006, le seul animal traité à 30 mois n’avait pas récupéré la vision contrairement aux 7 chiots traités plus tôt. 

Mais on sait les questions éthiques et juridiques que soulève l’expérimentation de la thérapie génique chez l’enfant.

Accès à la vidéo, cliquez ici



Dr Nicolas Chabert


Brainbridge J et coll. Effect of gene therapy on visual function in Leber’s congenital amaurosis. N Engl J Med 2008; 358. Publication avancée en ligne le 27 avril 2008.
Maguire A et coll. : Safety and efficacy of gene transfer for Leber’s congenital amaurosis. N Engl J Med 2008; 358. Publication avancée en ligne le 27 avril 2008.
Miller J. Preliminary results of gene therapy for retinal degeneration. N Engl J Med 2008; 358. Publication avancée en ligne le 27 avril 2008.


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